VINCENT PERICARD, L’HISTOIRE D’UNE VIE D’EXCÈS ET DE GÂCHIS

Pour le nouvel épisode des grands entretiens de FF, Vincent Péricard, ancien grand espoir du football camerounais tombé très vite dans l’anonymat se confie.

C’est l’histoire d’un prodige devenu paria. L’histoire d’une vie d’excès et de gâchis qui a bifurqué un temps vers le néant. L’histoire édifiante d’un prodige passé de l’un des meilleurs clubs au monde à une prison d’Angleterre. «C’est fou, ça ! À croire que je suis un mystère pour la France… » Les premiers mots de Vincent Péricard pourraient refroidir. Mais le jeune retraité de trente ans nous déride aussitôt : «Pas de souci, je suis prêt à éclaircir toutes les zones d’ombre. J’ai conscience que la France ne me connaît pas bien, car on m’a perdu de vue il y a presque quinze ans pour me retrouver dans la rubrique des faits divers

C’est donc dans la campagne cossue du nord-ouest de l’Angleterre que l’on est allé à la rencontre de celui qui était annoncé comme l’un des grands espoirs du football français, au détour d’un transfert retentissant à la Juventus en 2000, avant de se perdre dans les méandres de la vie. C’est là-bas, dans la propriété d’une richissime dynastie britannique, que l’ancien Stéphanois a établi ses quartiers pour lancer sa société (Elite Welfare Management) à l’adresse des footballeurs en quête de soutien, d’assistance et de conseils. Tout ce dont il estime avoir manqué et qu’il veut aujourd’hui apporter aux autres. Le Franco-Camerounais, encore très affûté («Je fais beaucoup de sport tous les jours, mais plus du tout de foot»), a accepté pour FF de retracer son incroyable parcours, sans tabou aucun, plus de trois heures durant. Il fallait au moins ça pour résoudre cette énigme. L’énigme Péricard.

«Vincent, vous êtes arrivé en France à l’âge de quatre ans avec votre mère, mais sans votre père biologique. Pensez-vous que ce premier déracinement a compté dans la suite de votre histoire ?
C’est vrai que je n’ai aucun souvenir du Cameroun de mon enfance, que je ne parlais pas français en arrivant à Saint-Étienne et que je n’ai rencontré mon père qu’il y a une dizaine d’années, seulement quelques heures, sans que ça me fasse ni chaud ni froid. Mais j’avais un beau-père que je considérais comme mon papa, donc… Le déracinement, je n’y crois pas, j’étais jeune, je découvrais le monde. En deux mois, je parlais français. Le passage du Cameroun à la France n’a donc pas été un choc.
Le foot, aussi, a dû aider…
J’ai découvert le foot vers six ans en me promenant avec mon beau-père autour de Geoffroy-Guichard. Il y avait l’école de foot de l’ASSE qui s’entraînait et l’un des éducateurs m’a demandé si je voulais jouer. Je n’avais jamais joué auparavant. Comme j’étais plus grand que les autres et que j’avais une facilité avec le ballon, ils m’ont dit de revenir à la séance suivante. C’était parti. Maintenant, est-ce que ça m’a aidé à m’intégrer ? Je ne crois pas trop, car j’étais souvent dans mon coin, timide, réservé, very reflective (NDLR : méditatif), mais jamais dans l’irrespect ou la délinquance. J’étais un solitaire. Après coup, je me suis aperçu que c’était un aspect négatif de ma personnalité.Pourquoi négatif ?
Être sociable est un atout. Être solitaire donne une mauvaise impression aux autres, qui te jugent sans te connaître. On croyait que j’étais arrogant, cette barrière était frustrante pour les autres. Y compris avec mon petit frère et ma petite sœur, avec lesquels j’ai eu du mal à échanger. Cette distance peut créer des malentendus. Même dans les équipes de jeunes, quand j’étais parmi les plus forts, je n’étais pas un leader, j’étais renfermé. Ma chance, c’est que mes différents éducateurs ont su me parler, me mettre en confiance. Car, dès que l’on me crie dessus, c’est fini, je perds mes moyens.

«Je n’ai jamais rêvé d’être pro»

Si vous étiez si fragile, pourquoi avoir voulu être footballeur ?
Je vais vous faire une confidence : je n’ai jamais rêvé d’être pro. Les choses sont arrivées sans que je les recherche.

Le centre de formation, ç’a dû être le cauchemar pour un asocial comme vous, alors ?
Pas vraiment, car je rentrais à la maison le soir. Moi, ce que je trouvais dur, c’était le rythme. On bossait tellement physiquement qu’il fallait trouver l’énergie mentale pour se concentrer sur l’école. On néglige trop la scolarité, alors que ça reste la meilleure chance de trouver du travail ensuite, vu le faible pourcentage de ceux qui passent pros. Il faudrait vraiment insister là-dessus, obliger les gamins à avoir un niveau scolaire minimal, comme aux États-Unis.
Vous êtes vite devenu la star des équipes de jeunes, malgré votre caractère réservé…
J’étais tellement au-dessus du lot physiquement, plus grand, plus costaud, plus rapide…
Cette précocité athlétique a-t-elle pu fausser l’appréciation sur votre potentiel réel ?
Pas du tout. J’avais la technique et une bonne intelligence de jeu. J’en ai eu la preuve à la Juve. Au début, j’avais peur de ne pas pouvoir suivre Del Piero, Zidane et compagnie. Mais quand je me suis entraîné avec eux, je me suis rendu compte que j’étais au niveau technique et tactique. Là, j’ai réalisé que j’avais du talent. Ce sont des choses extérieures au foot qui m’ont fait rater ma carrière, pas mon niveau de jeu.
Débuter en pro à dix-sept ans, être transféré dans le plus grand club au monde de l’époque, la Juventus, avant vos dix-huit ans : est-ce que ça ne vous a pas donné le sentiment que votre carrière allait se faire toute seule ?
Le foot a toujours été simple pour moi, mais je n’ai jamais pensé que ma carrière était tracée. Tout simplement parce que je ne raisonnais pas en termes de carrière. Moi, je m’amusais, c’est tout. Je ne connaissais rien au monde, j’étais naïf. Quand la Juve m’a sollicité, sur le coup, je n’ai pas vraiment réalisé. Je savais juste que c’était un grand nom du foot, rien de plus. Du coup, quand on m’a dit qu’ils s’intéressaient à moi, j’ai juste dit : “O.K., regardons ça.” C’était mon côté détaché.Si ça ne représentait pas grand-chose pour vous, pourquoi y être allé aussi jeune, alors ?
Parce que je suis quelqu’un d’ambitieux. Au-delà de l’aspect financier, qui a compté aussi, je ne vais pas mentir, c’était l’opportunité de franchir un palier. Quand je me suis renseigné sur l’effectif, le palmarès, que j’ai visité les installations, j’ai réalisé que la Juve, c’était le top du top. Aujourd’hui encore, parfois, je me dis : “J’étais à la Juve, la grande Juve. Waouh !” (Rire.)Quelqu’un vous a-t-il mis en garde contre les pièges qui guettaient un joueur aussi jeune que vous ?
Pas du tout. Et je le regrette. J’aurais vraiment aimé que des personnes puissent me prévenir des conséquences, des dangers aussi, d’un tel transfert. Des personnes neutres, je veux dire. Mon agent avait un intérêt dans cette histoire, l’ASSE aussi. Ça m’a manqué qu’on ne m’avertisse pas du danger de vivre seul aussi jeune.Il y avait des Français à la Juve. Il vous a accueilli comment, Zizou ?
Très bien. Il ne m’a pas pris comme un petit jeunot, juste comme un joueur à accueillir et à aider. Lui et Edgar Davids m’ont filé leurs numéros, mais, là encore, mon problème de sociabilité m’a empêché de les appeler quand ça allait moins bien. J’étais dans mon petit monde, renfermé sur moi-même.

Source : France Football

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