STADE D’OLEMBE : MAIS À QUOI JOUENT LE GOUVERNEMENT ET MAGIL CONSTRUCTION ?

Dans l’incapacité de livrer à temps les travaux du stade d’Olembe que lui a cédés le ministre des Sports et de l’éducation physique suite à la résiliation de contrat de construction avec le groupe italien Piccini, faute de moyens  financiers, l’entreprise canadienne, aidée par quelques membres du gouvernement, s’entête à promettre que l’infrastructure sera livrée dans les délais.

Finira, finira pas ! Le mystère continue d’être entretenu autour de la livraison du chantier de construction du Complexe sportif d’Olembé, situé au Nord-ouest de la capitale Yaoundéprévu pour abriter le match d’ouverture de la Coupe d’Afrique des nations (Can) 2021 si les prévisions calendaires de la Confédération africaine de football (Caf) restent inchangées. L’infrastructure de 60 000 places est en effet au cœur d’une vaste escroquerie menée des mains de maître par certaines pontes du régimes qui manœuvrent dans l’ombre afin d’en tirer les prébendes et continuer de bluffer le public amoureux de football de ce que tout avance à la vitesse grand V. Mardi dernier encore, le ministre des Sports et de l’éducation physique par ailleurs président du Comité local d’organisation de la Can 2021, a effectué une visite sur le site, à l’effet de s’enquérir de la prétendue évolution des travaux. Accompagné pour la circonstance du Haut-Commissaire du Canada au Cameroun et du gouverneur de la région du Centre, Narcisse Mouelle Kombi a été, comme à son habitude, prolixe : « La plus emblématique est cette pelouse, qui a été complètement plantée et qui, comme vous pouvez le constater est verdoyante. C’est la première que dans cette cuvette, nous avons une telle pelouse. Il y a lieu de s’en réjouir », a-t-il vanté.

Franck Mathiere, vice-président de l’entreprise Magil Construction, l’entrepreneur général, s’est aussi laissé aller à quelque prédiction des plus optimistes sur l’état d’avancement des travaux : « Les deux annexes sont à 89% d’avancement. Et la livraison est pour le mois de juillet et comme prévu nous sommes toujours sur un démarrage de la mise en service et de la réception de l’ouvrage au courant du mois d’octobre ». Des assurances qui laissent croire qu’on s’achemine du but. Mais à la vérité, ces discours teintés de satisfécit ne sont ni plus ni moins qu’un leurre pour qui suit cet épineux dossier la genèse. En effet, « cette pelouse aurait dû être terminée depuis. Piccini avait prévu de la boucler en décembre 2019. Mais ce n’est que la partie la plus simple des travaux que Magil a été obligée de sous-traiter à une société qui se plaint de ne pas avoir été payée mais qui travaille sous instruction du ministre des Sports Le reste des travaux nécessite un savoir-faire que Magil n’a pas. Ils ont recruté un ancien de Piccini qui travaillait sous Sam Thamin et qui avait démissionné par incapacité à suivre le chronogramme. Sam Thamin a dû prendre en main personnellement le chantier directement pour faire l’exploit que l’on connaît de récupérer le temps perdu », révèle une source très proche de ce dossier.

Grosse arnaque

A la croire, Magil qui avait pourtant donné toutes les assurances à son employeur de boucler ce que Picinni a commencé et dans des délais raisonnables, est désespérément à la recherche de personnel et de moyens. « Ils n’ont pas de financement et ils espèrent que le Cameroun qui est désormais dos au mur, paye la facture pour la suite des travaux », ajoute notre informateur qui parle en brandissant pour étayer son argumentaire, des documents de depuis le transfert du contrat par l’Etat du Cameroun à l’entreprise canadienne au détriment de l’Italien Piccini le 3 décembre 2020. Une grosse arnaque pour dire le moins. Suffisant pour comprendre les contours de la guerre des tranchées sur le patrimoine du chantier que se livrent les deux entreprises.  Le 03 avril dernier, des ingénieurs de Magil ont fait une «intrusion forcée» dans le garage de Piccini, avec le concours des éléments de la Gendarmerie de Nkolondom (Centre).Une situation qui a poussé Piccini à saisir le Procureur de la République près la Cour d’Appel du Centre, pour dénoncer des abus. Une deuxième procédure qui vient s’ajouter au recours gracieux préalable exercé par Piccini auprès du gouverneur de la région du Centre, Naseri Paul Béa, le 20 février 2020, lequel n’avait pas qualité selon l’entreprise italienne, pour ordonner la réquisition des biens d’une entreprise étrangère.

Ultime recours

Pour comprendre ce mélodrame, il faut remonter à l’arrivée de Mouelle Kombi à la tête du Minsep. En effet, le Messager a appris que la décision de retirer le chantier à Picinni serait le résultat de ses accointances avec le bien nommé Benoît Fabre. L’éviction de Piccini était en cuisine depuis mars 2019 et en attendant qu’elle se matérialise, l’ex Control project manager de l’entreprise italienne d’origine française, lançait quelques signaux. Lui qui a choisi de trahir sa propre société au profit de la société Canadienne Magil « en transmettant des informations confidentielles, en tentant de recruter du personnel de chez Piccini, en signant des actes sans habilitation, en collaboration avec le ministre des Sports dont le but était de provoquer la résiliation du Contrat Piccini en faveur de la société canadienne Magil », a-t-on appris. Aidé dans ce funeste dessein par le représentant d’Egis local à titre personnel et de Benoit Fabre, le trio a comploté pour créer les conditions pour une résiliation du contrat qui pourrait légitimement être avalées par les camerounais.

Aux rangs des preuves pour renforcer cette accusation, « aucun paiement effectué depuis un an avec l’objectif de forcer l’entreprise à retarder les salaires, ne pas payer les fournisseurs locaux, ralentir et /ou arrêter les travaux », rapportent nos sources. C’est donc au plus fort de tous ces micmacs que le choix s’est porté sur la société Magil, considérée comme « la plus gérable et susceptible d’être reconnaissante » pour avoir arraché le marché à la société italienne qui n’avait pas d’ange gardien pour assurer sa couverture dans le sérail. Après avoir essayé avec les chinois sans succès, l’entreprise canadienne était fatalement l’ultime recours. Après ce passage en force, les experts annoncent des lendemains de tempête pour Mouelle Kombi et le Cameroun.

Entre procès à l’international assortis de dommages et intérêts, le pire est à venir. Car, il est difficile de comprendre qu’une entreprise qui a été en mesure de terminer le stade et la couverture en seulement neuf mois se voit arracher sans vergogne un marché arrivé au stade de finition. Personne ne croit aux déclarations faites par le Minsep, habitué de frasques et de sorties plus ou moins réglementaires sur une pelouse aussi glissante que celle du marché des infrastructures.

Magil Construction, coutumier du fait 

Faut-il souligner que Magil Construction est un vieil habitué des scandales. On a encore en mémoire cette rocambolesque affaire qui l’avait éclaboussé en Côte d’Ivoire en 2016. Ce fut l’une des plus grosses escroqueries immobilières de la Côte d’Ivoire indépendante. Pas moins de 3 865 Ivoiriens, généralement de la classe moyenne, se sont vus méthodiquement déposséder de « frais de souscription » variant entre 3 et 4,5 millions de FCFA (soit un montant global collecté oscillant entre 11,495 milliards et 17,392 milliards), sous la promesse qu’un toit allait leur être livré dans un délai de vingt-cinq jours.

« L’idée de génie », importée d’Israël, consisterait à couler du béton dans un coffrage métallique pour ériger une maison de cinq pièces livrable en un peu plus de trois semaines. Elle a été promue à flux tendus de spots publicitaires par Magil Construction Côte d’Ivoire, une société anonyme au capital de 10 millions de francs cfa, inscrite au Journal officiel le 05 mars 2012 et ayant son siège social à Abidjan Cocody, Cité Cadres.

Après ce scandale, Magil Construction a disparu. Dans ses locaux, à la villa 81 de la Cité des Cadres de Cocody, trône aujourd’hui l’enseigne de Mydle Funds, une société créée en France le 10 novembre 2014, ayant son siège dans le 16earrondissement de Paris (au 27, rue Raffet), une SARL unipersonnelle riche des montants collectés en Côte d’Ivoire.

Comme pour narguer ses souscripteurs, las d’attendre, Magil a entamé début 2016 un nouveau chantier à Feh Kessé, près de Bingerville, mais en leur lançant à la figure que les maisons qui y sortiront de terre seront vendues au comptant à de nouveaux clients. Là également, les travaux se sont arrêtés alors même que les villas-témoin et une poignée d’autres entamées n’ont pu être achevées.

Manifestement grugés, 3865 Ivoiriens et leurs familles n’ont plus que Facebook en guise de « mur des lamentations » (voir Abidjanpost 3, ci-dessous). Ils y écrivent, y compris sur le mur de la page de Magil Construction qui a cessé d’être animée et qui donc ne leur fournit la moindre explication. Le toit qu’ils escomptaient dans un délai de vingt-cinq jours est introuvable plus de quatre années plus tard…

Par la rédaction avec Le Messager 

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