LA CAN AU CAMEROUN : UN GOUFFRE FINANCIER

La Coupe d’Afrique des nations au Cameroun devait être l’Olympe d’Issa Hayatou, président de la Confédération africaine de football (CAF) de 1988 à 2017. Cette CAN au pays des « Lions Indomptables » est finalement devenue le rocher de Sisyphe d’Ahmad, le patron de la CAF depuis 2017.

Une CAN en janvier 2019 à 16 équipes

Tout commence en septembre 2014. La CAF décide alors d’attribuer la CAN 2019 au Cameroun, plutôt qu’à l’Algérie ou à la Côte d’Ivoire (qui se voit confier la CAN 2021). Dans l’entourage du Camerounais Hayatou, on assure que son pays – qui n’a plus organisé de phase finale depuis 1972 – avait le meilleur dossier. On concède aussi que ce choix est un cadeau pour un Issa Hayatou qui veut voir sa patrie chérie accueillir la grande fête du foot africain. Le Cameroun dispose alors de 4 ans et demi pour se préparer à un tournoi à 16 équipes en janvier-février 2019. La CAN féminine 2016 fait d’ailleurs office de mini-test réussi.

Mais, en mars 2017, premier coup de théâtre : l’omnipotent Hayatou est battu pour la présidence de la CAF par Ahmad. Le Malgache, fraichement élu, se montre immédiatement critique vis-à-vis des préparatifs pour la CAN 2019.

Une CAN en juin 2019 à 24 équipes

En juillet 2017, deuxième coup de théâtre : à l’issue d’un grand séminaire, la CAF décide que la CAN se jouera désormais avec 24 équipes et qu’elle aura lieu de préférence en juin-juillet. L’instance basée au Caire demande aux Camerounais, aux Ivoiriens et aux Guinéens (censés, eux, abriter la CAN 2023) s’ils s’ont prêts à organiser cette compétition élargie. Le gouvernement de Paul Biya décide de relever le défi.

Cependant, il s’avère rapidement que le Cameroun a accumulé trop de retards, malgré des investissements déjà colossaux. En novembre 2018, la CAF retire donc l’organisation du tournoi aux Camerounais et la confiera aux Égyptiens, quelques semaines plus tard.

Une CAN en juin 2021

Troisième et même quatrième coup de théâtre puisque, dans la foulée, la Confédération africaine de football offre la CAN 2021 en guise de consolation. Les Ivoiriens et les Guinéens accepteront également un « glissement » de deux ans.

Malgré tous ces couacs, la CAF et les autorités camerounaises travaillent désormais en bons termes. La Confédération choisit ainsi de transférer au Cameroun l’organisation du Championnat d’Afrique des nations, sa deuxième plus importante compétition, l’Éthiopie n’étant pas prête.

Une CAN en janvier 2021

Mais l’histoire ne s’arrête pas là. La Fédération internationale de football (Fifa, dirigée depuis 2016 par Gianni Infantino, mène une politique d’expansion de ses tournois. La Fifa opte notamment pour la création d’une Coupe du monde des clubs élargie, dont la première édition doit se jouer en même temps que la CAN 2021. Nouvelle impasse.

La CAF et le Cameroun annoncent alors en janvier 2020 que la phase finale aura lieu en janvier 2021 (et donc six mois plus tôt qu’envisagé). Retour à la case départ. Les deux parties se retranchent derrière l’explication climatologique : en juin-juillet il est quasiment impossible de pratiquer correctement le football. Un argument tout à fait recevable, car c’est la saison des pluies dans le Golfe de Guinée. Mais ça n’a rien d’une découverte.

Une CAN en janvier 2022

Trois changements de dates et une modification du format : la CAN au Cameroun serait-elle maudite ? Le roman-feuilleton est loin d’être fini. Fin 2019, un virus fait son apparition en Chine : la Covid-19. En l’espace de quelques semaines, la pandémie devient mondiale, les contaminations et décès se comptent par milliers. L’Afrique est relativement épargnée, comparée à l’Europe,  mais se retrouvent en grande partie paralysée par les mesures de précaution (fermetures des frontières, confinements, etc.). Dans ces conditions, impossibles de poursuivre les qualifications pour la CAN 2021. Un tiers des matches des éliminatoires ont été disputés jusqu’à présent.

À la CAF et au Cameroun, on a d’ores et déjà compris qu’il valait mieux ne pas prendre de risques et reporter d’un an la phase finale. Encore. Car en juin-juillet 2021, outre la météo, il y aura l’Euro et la Copa America en même temps.

Un gouffre financier

Il n’empêche : durant ces douze mois d’attente, il faudra entretenir les stades, hôtels et autres infrastructures qui ne demandaient plus qu’à être utilisées. L’addition pour les Camerounais va donc continuer de grimper. Elle dépasserait déjà allègrement les centaines de millions d’euros…

Source : Rfi

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