JEAN-PIERRE NSAME : “TOUT LE MONDE PARIAIT POUR LA FIN DE MA CARRIERE”

Ce jeudi, Jean-Pierre Nsamé a regardé ses coéquipiers en tribune, suspendu pour les matches aller et retour du seizième de finale de Ligue Europa face au Bayer Leverkusen. Avant cette rencontre, l’actuel meilleur buteur du championnat suisse (11 buts en 16 matches) est revenu pour Goal sur son début de carrière difficile, explique les raisons de sa réussite actuelle. Sans oublier d’éclaircir sa situation complexe avec la sélection camerounaise.

Avant de connaître la réussite en Suisse, vous avez connu des premières années difficiles en France. Racontez-nous un peu cette période…

Jean-Pierre Nsamé : J’ai été formé à Angers où j’ai vécu des années incroyables. Après avoir signé mon premier contrat pro, je fais une première année en Ligue 2 avec 22 matches. Je me sentais bien dans un environnement que je connaissais, mais le coup dur ça a été quand le coach (Stéphane Moulin) m’annonce que je vais être prêté à Carquefou pendant le mercato d’été et je n’avais pas trop mon mot à dire. Je ne l’ai pas trop bien vécu et j’ai abordé ce prêt de la mauvaise manière parce que j’avais appris énormément de choses avec les pros et je me disais qu’en mettant tout ça en application ça allait me permettre de faire la même chose, mais à l’échelon inférieur. Et c’est là que je me suis totalement trompé et je n’ai pas joué pendant six mois.

Comment avez-vous rebondi après ce premier échec ?

À ce moment-là, j’ai 20 ans et j’ai une grande remise en question sur ce qu’il faut faire pour rebondir et quand je reviens à Carquefou, j’avais remis le bleu de chauffe. L’erreur que j’ai faite, c’était d’arriver avec des idées plutôt que de faire place à de nouvelles idées parce que c’était un nouveau championnat, une nouvelle équipe et une nouvelle ville. Et après les six mois suivant se sont beaucoup mieux passés. Et puis à mon retour à Angers, je réalise que j’avais bien relevé la tête et que je voulais partir en prêt pour poursuivre sur cette lancée. Le coach d’Amiens (Samuel Michel à l’époque) m’appelle, le courant passe bien. Je fais ma saison là-bas, je marque 13 buts.

En 2016, vous êtes en fin de contrat, comment arrivez-vous en Suisse ?

Il y a eu beaucoup de questionnements durant cette période où j’ai été sans club. J’en ai profité pour beaucoup travailler physiquement, car je ne voulais pas me laisser abattre par ma situation et être prêt, fit au cas où quelque chose se présentait. Tout le monde pariait sur la fin de ma carrière. Moi, je rêvais d’aller en Angleterre, j’ai d’ailleurs fait un essai en troisième division anglaise, mais ça ne s’est pas fait. Ensuite, j’ai reçu un appel pour faire un essai au Servette Genève (à l’époque en D2 suisse). Je ne savais même pas où ça se trouvait. Là-bas, j’ai rapidement ressenti du plaisir à m’entraîner et à être sur le terrain. Puis quand j’ai signé mon contrat, l’histoire était lancée : mes six premiers matches, je marque sept buts.

Comment passez-vous du titre de joueur sans club à celui de meilleur buteur et joueur du championnat suisse l’an passé ?

Depuis cette première remise en question à 20 ans, j’ai toujours été très curieux sur tout ce qui touchait au football. Que ce soit l’alimentation, la préparation physique, le repos. Cela m’a permis de changer très tôt mes habitudes alimentaires en travaillant avec un nutritionniste. Quand je n’étais plus sous contrat, j’ai tiré profit de cette période pour travailler tous les aspects qui touchent au football. Je faisais des gammes, des exercices simples, contrôle-passe, tir au but, coup franc, penalty. C’était une période où je pense pouvoir dire que j’ai bossé plus que les autres et c’est avec cette mentalité que je suis arrivé au Servette. Depuis, chaque année, je cherche les détails qui pourraient m’aider à m’améliorer. A 20 ans, ça a été le nutritionniste, le préparateur physique. Quand je suis arrivé au Servette, j’ai recherché un préparateur physique plus réputé et expérimenté. Et pour cette saison, je suis allé plus loin sur le travail mental. Autour de moi, j’ai la chance d’avoir un staff avec un préparateur physique, un diététicien, un préparateur et un coach mental. Je cherche aussi un kiné pour faire des soins à la maison. J’ai aussi trouvé de la stabilité et quand tu veux progresser, il faut aussi ne pas enchaîner des « one-shot » comme des prêts où tu arrives, tu fais une saison et tu repars. Moi, j’avais besoin de continuité et Young Boys m’a offert ça.

Vos performances en Suisse vous ont aussi amené à être appelé en sélection camerounaise, mais tout ne s’est pas passé pour le mieux… Expliquez-nous.

Cela fait un an que le Cameroun m’appelle, mais je ne peux pas y aller. La raison est simple : ma fille habite en France et est rentrée à l’école. Elle a aussi besoin de son papa pour l’aider dans cette nouvelle étape. J’ai alors discuté avec le coach pour lui expliquer le pourquoi de ma non-venue. Cette trêve, c’est le seul moment où je pouvais voir ma fille. Je leur ai dit : ‘je suis d’abord un père de famille avant d’être un joueur de foot. Je peux gagner tous les trophées du monde, mais si ma fille me déteste ou n’est pas heureuse, je n’ai rien gagné du tout.’

Et puis en novembre dernier, je suis convoqué et je dis que je vais venir. Mais lors du match juste avant la trêve international, je me fais mal. J’appelle le team manager de la sélection (Salomon Olembé) et lui explique que je suis sorti plus tôt du match parce que j’ai ressenti une douleur au niveau du péroné et que le lendemain, je vais aller passer des examens. Quand je passe l’IRM, le médecin me confirme que la zone est très enflammée et que si je continue à jouer dessus, je vais certainement me blesser. Il me prescrit cinq jours de coupure minimum et on appelle ensemble un membre du staff de la sélection pour lui expliquer clairement la situation et lui montrer les images. Et le soir même, ça commence à partir dans tous les sens. Salomon Olembé m’appelle et me demande de faire le déplacement pour pouvoir discuter avec le coach. Mais sincèrement, je ne vais pas prendre l’avion pour rester une ou deux heures avant de repartir. Surtout qu’il me fallait aussi faire un test covid et que je me soigne. Puis la situation a atteint son paroxysme lorsque le coach (Antonio Conceiçao) fait une déclaration en disant que je devais prendre position par rapport à la sélection et évoque les fois où il m’a convoqué et où je ne suis pas venu. À ce moment-là, je me dis, il cherche la merde. Un simple coup de fil aurait suffi à régler tout ça…

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