JEAN ALAIN BOUMSONG : “JE SUIS EN TRAIN DE PASSER MES DIPLÔMES D’ENTRAÎNEUR”

En 2013, Jean-Alain Boumsong a raccroché les crampons après dix-sept années d’une carrière professionnelle riche en succès. Agé de 40 ans, l’ancien défenseur central fourmille de projets à présent. Pour Foot Mercato, le natif de Douala s’est longuement livré à ce sujet, tout en revenant sur son parcours. Entretien.

Vous avez raccroché les crampons en 2013. Avec le recul, quel regard portez-vous sur tout le chemin parcouru depuis vos débuts à Palaiseau ?

J’estime avoir fait une bonne carrière. Elle aurait pu être meilleure, mais c’est une bonne carrière avec de bons choix qui ont été faits et puis surtout beaucoup de travail. Je suis relativement satisfait de la carrière que j’ai eue. J’ai joué dans différents pays, j’ai voyagé et découvert différentes cultures. J’ai joué au plus haut niveau dans toutes les compétitions nationales et internationales qui puissent exister. C’était un rêve pour moi de devenir footballeur professionnel.

J’imagine que c’était une fierté de pouvoir le réaliser…

C’est bien, mais il ne faut pas que ça soit un tout. Il y a des choses qui sont bien plus importantes que le football. Mais on peut dire que c’est bien car on fait ce qu’on aime au quotidien. Et ça, ça n’a pas de prix. Qui plus est, pour certains, avec une rémunération qui est conséquente et qui leur permet d’avoir une vie matérielle intéressante. Ça permet d’être à l’abri du besoin matériel, pour ceux qui arrivent à mettre de côté. Même si ce n’est pas ça la finalité de la vie.

Pour atteindre cet objectif, vous avez fait aussi des sacrifices.

Il y a un prix à payer pour tout. Quand on veut quelque chose, il y a des avantages et des inconvénients. Il y a surtout des moyens à mettre pour atteindre les objectifs. Bien sûr, on n’a pas eu vraiment d’adolescence et derrière on n’a pas eu une vie comme les autres. Mais c’est comme ça, c’est le prix à payer. Je ne vois pas ça comme des sacrifices. C’est un choix qui doit s’accompagner de contraintes, même si on ne les aime pas. C’est vrai qu’il y a souvent de l’exagération dans ce monde du football, mais ça fait partie de cette activité-là. Il faut l’accepter quand on décide de faire ce métier.

Vous avez joué en France, en Écosse, en Angleterre, en Italie ou encore en Grèce. Quel championnat vous a le plus plu ?

Pour moi, le meilleur championnat est le championnat anglais sans aucune hésitation. Mais bien évidemment, pour moi, le championnat que j’ai aimé le plus est le championnat français. Pourquoi ? Car mes plus belles années de foot, je les ai passées à Auxerre. J’étais jeune et on avait surtout une très belle génération qui était managée, dirigée par Guy Roux. Un entraîneur et un manager exceptionnel. Tout se déroulait dans une ambiance familiale où l’humain avait la place principale dans le développement du club. Ça a été, pour moi, l’année de la confirmation au plus haut niveau puisque j’avais commencé deux ans auparavant au HAC. Derrière, il y a eu l’équipe de France, la Ligue des Champions. J’ai découvert le plus haut niveau à Auxerre avec une bande de potes de la même génération dans une région qui est vraiment magnifique.

En vous écoutant, on a l’impression que vous parlez d’un football d’autrefois…

Oui, ça a beaucoup changé. La vie est comme ça. Il y a de bons changements, il y a de mauvais changements. Mais disons que le retour à plus de simplicité pour moi est de nature à élever l’homme. Malheureusement, la tendance n’est pas celle-là. Il faut avoir ce retour à des choses simples, qui peuvent être prestigieuses. La plus grande difficulté de l’être humain est de faire les choses le plus simplement possible.

L’équipe de France, une fierté

Vous avez eu une belle carrière. Quel a été votre meilleur souvenir ?

Sans aucun doute, c’est la finale de la coupe de France en 2003. C’était avec Auxerre face au Paris Saint-Germain au stade de France, où j’ai marqué le but de la victoire à la dernière minute. C’était exceptionnel devant 80 000 personnes, devant des millions de téléspectateurs, devant ma famille aussi. J’ai vraiment compris pourquoi je faisais ce métier. Il y a des émotions qui ne peuvent se vivre que par le biais du sport. J’ai encore mieux compris cela en marquant ce but à la dernière minute. C’était la balle de match. J’ai compris aussi pourquoi les attaquants sont un peu fous (rires). Marquer, avoir autant de sensations… si on n’a pas un bon entourage, on pète les plombs et on prend un melon qui n’est pas possible.

A contrario, quel a été le moment le plus difficile ?

Il y en a deux. Mes derniers mois à Newcastle ont été terribles. Je ne faisais pas une bonne saison. J’étais titulaire et vice-capitaine et je me suis retrouvé remplaçant et j’ai bien failli ne pas faire la Coupe du Monde 2006 avec l’équipe de France, sachant que j’étais titulaire tous les matches éliminatoires. Ça a vraiment été une période très difficile pour moi. Je me souviens d’un Newcastle-Liverpool où j’étais titulaire. À un moment donné, il y a eu un long ballon que j’ai raté complètement et derrière un adversaire s’en va vers le but, j’essaye de le battre, je l’accroche et il y a pénalty et carton rouge. Après un match comme ça, on est dévasté. Déjà que ça allait mal, mais l’entraîneur continuait de me soutenir. Là, il n’avait pas d’autres choix que de me sortir du onze. L’autre moment qui a été compliqué durant ma carrière est ma non-convocation à la Coupe du Monde 2010 par Raymond Domenech. Ça a vraiment été un moment très difficile. Sans me prévenir, alors que c’était une personne que je connaissais depuis longtemps. Ça a été un moment difficile.

Vous parlez de l’équipe de France. Vous avez porté le maillot frappé du coq à de nombreuses reprises (27 sélections, 1 but). Mais quelle a été votre sensation lors de votre première cape, au moment notamment de La Marseillaise ?

J’ai rejoint l’équipe de mon pays, qui était championne du monde et championne d’Europe. Quand j’ai rejoint l’équipe, il y avait la Coupe du Monde 2002 qui s’était très mal passée. Mais la France avait notamment déjà un titre de championne du monde et était tenante du titre en Europe. C’était le prestige. J’intégrais la crème de la crème du football. Là, on se dit j’ai bien bossé. C’est la récompense d’un travail de plusieurs années qui arrive et qu’il va falloir maintenir en produisant de bonnes performances. Et puis, j’ai côtoyé de grands joueurs, avec tout un pays qui se réunit derrière cette équipe-là.

Quel a été votre moment le plus marquant chez les Bleus ?

Le seul but que j’ai marqué en sélection a été un très bon souvenir. C’était lors de France-Israël au stade de France. Bien évidemment, quand on marque son premier but en équipe de France, on le retient. Ensuite, il y a eu deux autres moments extraordinaires que j’ai vécu en sélection. Bon, on a gagné la Coupe des Confédérations, mais Marc-Vivien Foé était décédé donc ça n’était pas la joie. Mais le match contre l’Angleterre en 2004, on a vécu un moment exceptionnel à la fin du match dans les vestiaires. Je garde toujours en tête ces moments-là. On a vécu un match avec un scénario incroyable puisque l’on était mené 1 à 0 et en quelques minutes on a fait basculer le match et qu’on l’a gagné avec tous les joueurs qui jouaient en Angleterre comme Thierry Henry, Patrick Vieira, William Gallas, etc…qui étaient contents. Il fallait effacer l’échec de 2002. C’était un soulagement énorme de pouvoir gagner ce match-là avec ce scénario-là. Je revois tout le monde euphorique dans les vestiaires. C’était un moment important. Ensuite, il y a eu le France-Espagne de 2006 avec un Zidane magistral, qui avait été très critiqué par les joueurs espagnols qui disaient qu’ils allaient l’envoyer à la retraite. Il avait fait un super match. J’ai vu un Zinedine Zidane comme je ne l’avais jamais vu, euphorique, heureux à monter sur les tables et à danser dans les vestiaires. Il n’était pas souvent démonstratif mais là il s’est lâché, et tout le monde avec. C’était un moment exceptionnel.

Vous avez croisé de nombreux joueurs durant votre carrière. Quel a été le joueur le plus fort avec lequel vous avez joué ?

Zinedine Zidane, sans aucun doute. C’est comme s’il avait un ordinateur, un logiciel beaucoup plus avancé que les autres. Quand les ballons arrivaient, il savait où il allait le mettre. Ce n’était pas un joueur super rapide dans sa gestuelle, mais il savait déjà. Il était fluide, tout était coordonné et s’agençait parfaitement pour pouvoir produire et donner des passes où il fallait. C’était élégant, beau à voir. Tout en finesse et en élégance. Le foot était beaucoup plus simple avec lui. Vous ne saviez pas quoi faire avec le ballon, vous le donniez à Zidane et il savait quoi faire.

En tant que défenseur, quel joueur vous a donné le plus de fil à retordre ?

Thierry Henry dans ses plus belles années. Il sautait haut, il allait vite. Il était super athlétique, très intelligent et techniquement fort. C’était un attaquant complet. Il ne fallait surtout pas lui laisser un espace ou être inattentif une seconde car sinon c’était trop tard, vous n’aviez pas le temps de le rattraper.

Boumsong multiplie les projets

A la fin de votre carrière, on vous a vu devenir consultant à la télévision. Que faites-vous depuis ?

Aujourd’hui, je fais plein de choses. Je m’occupe, tout d’abord, de ma famille. Ensuite, j’ai été entraîneur-adjoint de l’équipe du Cameroun avec Clarence Seedorf et Patrick Kluivert pendant un an. Je suis en train de passer mes diplômes d’entraîneur. Je suis consultant sur Canal+ Afrique. Je fais les soirées de Ligue des Champions, je commente des matches. J’ai aussi mes petites affaires personnelles. J’ai aussi mon club au Cameroun (Boum’s FC) que je suis en train de mettre en place et progressivement développer. Cela fait 15 ans qu’il existe. Mais là depuis deux ans je m’en occupe un peu plus. Ça me plaît beaucoup car ce sont de jeunes joueurs. Je m’en occupe avec plaisir.

Ce club, c’est aussi une façon quelque part de rendre ce que vous avez pu avoir.

Oui, évidemment. Le club a été crée en 2005. Je l’ai affilié à la fédération camerounaise en 2006. C’était avant tout un projet caritatif, pour occuper les gamins d’un quartier. Là, depuis quelques années, je commence tout doucement et progressivement à structurer le club en essayant d’en faire une bonne académie si les choses se passent bien afin de pouvoir donner des moyens à de jeunes Camerounais d’avoir les meilleures compétences du haut niveau.

Comment est née votre envie de devenir entraîneur ?

Disons que plus d’une fois des coéquipiers m’ont fait remarquer que j’étais joueur et pas entraîneur (rires). J’ai toujours eu cette propension à vouloir comprendre, organiser les choses et surtout collectivement participer à l’excellence du collectif. Donc depuis que je suis enfant j’ai toujours eu cette propension à vouloir diriger une équipe. J’ai toujours cherché à comprendre pourquoi ça et pas ça. Disons que ça a eu des avantages et des inconvénients. Si je ne m’étais pas posé autant de questions parfois, peut-être qu’il y a des performances qui auraient été meilleures. Je cherchais toujours à vouloir organiser l’équipe sur le terrain.

Au niveau de vos diplômes, où en êtes-vous aujourd’hui ?

J’avais commencé mes diplômes puis j’ai arrêté. Je passe mes diplômes au Pays de Galles. J’ai eu le diplôme UEFA A et celui de formateur au Pays de Galles Là, je vais réfléchir durant les prochaines semaines pour voir si je m’engage sur la licence pro. Je fais réfléchir car ça prend du temps.

Quelle serait votre philosophie en tant qu’entraîneur ?

Je suis pour le jeu de possession. Il faut développer l’aspect physique des joueurs car c’est très important. Sans physique on ne peut rien faire. Et puis aussi l’aspect technique. Ça passe par beaucoup de répétitions d’exercices. C’est vraiment la méthode auxerroise qui m’a beaucoup marquée et qui m’a permis, en arrivant du HAC, d’être un meilleur joueur techniquement. Quand je suis arrivée à l’AJA, Guy Roux m’a dit tu te débrouilles avec le ballon mais ne t’inquiètes pas avec nous il va vraiment être ton copain. Et il ne s’est pas trompé. Donc je suis pour le jeu de possession et de transition rapide. Il faut avoir des joueurs qui ont une bonne maîtrise technique et qui sont physiquement au point pour pouvoir développer une équipe intelligente collectivement. Comment y arriver ? Je ne veux pas avoir une équipe stéréotypée, qui fait toujours les mêmes choses. Je veux des joueurs qui réfléchissent et soient intelligents. Ils doivent être complémentaires aussi bien dans leurs déplacements offensifs que défensifs. C’est ma philosophie générale.

De quels entraîneurs vous inspirez-vous ?

Celui dont je m’inspire beaucoup est Guy Roux. Il avait compris beaucoup de choses. De nombreuses personnes se trompent sur lui. J’ai beaucoup appris à ses côtés. Je m’en suis rendu quelques années plus tard, après avoir quitté Auxerre. Il avait compris beaucoup de choses. Guy Roux avait toujours fait du 4-3-3. Aujourd’hui beaucoup d’équipes l’utilisent. Guardiola le fait aujourd’hui. Guy Roux a joué avec des ailiers de débordement et un avant-centre, c’est ce que fait Guardiola à présent mais avec plus de possession. Donc Guy Roux, Pep Guardiola mais aussi Jürgen Klopp sont des entraîneurs que j’apprécie. Ils m’inspirent.

Où aimeriez-vous coacher ? En France, ou plutôt à l’étranger ?

Mon expérience avec le Cameroun m’a plu. La plupart des gens disent qu’avant d’être sélectionneur, il faut être entraîneur d’un club. Mais une sélection est de nature à plus m’intéresser aujourd’hui. En Afrique ou ailleurs, je ne veux pas me restreindre uniquement à l’Afrique. Pourquoi ? On peut participer au développement du football local s’il y a une bonne synergie. On se sent utile. On a aussi suffisamment de temps entre les matches pour aller voir les joueurs, voir autre chose. Quand il y a les rassemblements, la pression est très intense. C’est quelque chose qui me plairait bien.

 

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