FRANCK HAPPI : “LA SITUATION DU FOOTBALLEUR CAMEROUNAIS N’EST PAS SEMBLABLE À CELLE DE RONALDO OU DE MESSI

Dans un long entretien accordé à nos confrères de RSI, Franck Happi, le président de l’Union sportive de Douala, a répondu à toutes les questions relatives à l’arrêt du championnat national Elite One.

NOUVELLE PÉRIODE SOMBRE POUR L’UNION SPORTIVE DE DOUALA. LE CLUB DE FOOTBALL QUE VOUS DIRIGEZ VIENT DE PERDRE LE MINISTRE MONTHE, PILIER DU CONSEIL DES SAGES.
Les mots me manquent parce que là nous sommes touchés en plein fouet et au plus profond de notre structure. Le Ministre Monthe a été président pendant deux ans, c’est lui qui avait remplacé en 1982 le Prince Ngassa Happi. Il a joué deux finales de Coupe du Cameroun. Il était membre du Conseil des Sages et était surtout un pilier de l’Union en terme de pondération, de calme, de sagacité. On se réunissait régulièrement chez lui et à cause du confinement cela faisait deux mois qu’on ne l’avait plus fait. J’ai échangé trois jours avant son décès. Martin, nous sommes très tristes!
On a perdu un vrai taulier.

IL Y’A QUATRE ANS PRESQUE JOUR POUR JOUR, LE PRÉSIDENT DAVID MAYEBI NOUS QUITTAIT DÉJÀ. QUE RETENIR DE CE QU’IL A FAIT POUR L’UNION ET POUR LE FOOTBALL CAMEROUNAIS?
David Mayebi reste le joueur le plus emblématique de l’Union Sportive de Douala. Il n’a pas fait de carrière professionnelle comme les autres, mais c’est celui qui a fait toutes les classes. Il a été joueur, entraîneur, dirigeant, président délégué. Et puis au niveau fédéral il a été jusqu’à Vice-Président et Président de la FIFPRO. Il n’y a aucun joueur de l’Union qui a ce parcours. Il a tout donné et tout redonné à l’Union sportive de Douala. C’est la raison pour laquelle je pense que c’est le joueur le plus emblématique de l’Union.

L’INTÉRÊT POUR LES FOOTBALLEURS ÉTAIT SANS ÉGAL POUR LE PRÉSIDENT MAYEBI QUE NOUS CONTINUONS DONC DE PLEURER, CE QUI NOUS EMMÈNE À VOUS DEMANDER COMMENT LE SYCEC A GÉRÉ LA PÉRIODE DE CONFINEMENT AVEC LES JOUEURS ET LES DIFFÉRENTS STAFFS TECHNIQUES?
Chaque club a sa propre gestion et son propre fonctionnement. Pendant la saison c’était déjà suffisamment difficile. Avec le confinement ça été encore plus difficile puisque la plupart des clubs ont à leur tête des entrepreneurs, et des hommes d’affaires dont les activités subissent un contre coup du fait du confinement. À partir de là, l’encadrement des jeunes qui sont à notre disposition devenait compliqué. Chacun a utilisé et continue d’utiliser les moyens qu’il peut.

AVANT L’ARRÊT DES CHAMPIONNATS QUELLE ÉTAIT LA DÉMARCHE PRÉVUE AVEC LA FECAFOOT? COMMENT LES CLUBS PENSAIENT ILS POUVOIR SORTIR DE CETTE SITUATION?
On restait dans l’attente et puis on se disait que c’est une affaire qui allait prendre au maximum un mois. Personne ne voyait la pandémie paralyser toutes les activités comme c’est le cas aujourd’hui. Et plus le temps passait, plus c’était difficile d’envisager autre chose qu’un arrêt pour nous. Car les conditions de reprise nous ne les avons pas en Afrique subsaharienne et au Cameroun en particulier comme ailleurs. Faire reprendre les jeunes en préservant totalement leur santé? Nous n’avons pas cette garantie.

EST CE QUE LES JOUEURS AVAIENT UN PROGRAMME DE SUIVI?
Bien sûr qu’ils en avaient! Mais ce programme de suivi déjà que la situation du footballeur camerounais est très compliquée, n’est pas semblable à celle de Ronaldo ou de Lionel Messi. Car nos jeunes évoluent dans un football en voie de professionnalisation. Donc en terme de moyens, c’est limité ! Les entraînements, les primes de match, c’est ce qui permettaient aux jeunes de tenir. Quand ça s’arrête brutalement sans accompagnement on entre en détresse financière.

ET COMMENT VOUS ALLEZ FAIRE AVEC LES CONTRATS QUI COURENT POUR UN AN OU DEUX ?
La problématique des contrats n’est plus la même à partir du moment où la saison est terminée. Les contrats qui devaient s’achever en fin de saison vont logiquement s’achever. La problématique des contrats pouvait se poser si on avait continué au delà. Maintenant que la saison est terminée, les joueurs qui sont en fin de contrat sont libres.

EST-CE QUE VOUS AVEZ DISCUTÉ AVEC LE SYNDICAT DES JOUEURS À CE PROPOS?
On a pas besoin de discuter avec le syndicats des footballeurs en tant que tel. Si la situation n’est pas satisfaisante avec le joueur, là il peut se rabattre sur son syndicat. On aurait aimé discuté avec le syndicat s’il y’avait une harmonisation.

LE 12 MAI DERNIER LORSQUE LA FECAFOOT ANNONCE L’ARRÊT DES CHAMPIONNATS ELLE CONFIRME S’ÊTRE CONCERTEE AVEC LE SYNDICAT DES CLUBS D’ÉLITE ET LE SYNDICAT DES FOOTBALLEURS. DANS CES DISCUSSIONS, VOUS ÊTES REVENUS SUR LA SUITE À DONNER AUX JOUEURS, PRINCIPALES VICTIMES?
Il y’avait un seul point à l’ordre du jour qui était la situation de la fin du championnat. Le Président de la fédération nous a convoqué en visio conférence avec un seul point à l’ordre du jour. Je pense que les autres points vont être débattus plus tard. La fédération a quand même apporté un appui à 20 joueurs des clubs professionnels, ne l’oublions pas. Même si ce n’était pas suffisant, il faut tout de même commencer quelque part. Et heureusement que cette fois-ci l’argent est passé directement de la fédération aux joueurs. Sinon, on serait encore tombé sur les présidents de club arguant qu’ils n’ont fait les versements.

SI VOUS N’AVEZ PAS DISCUTÉ DE LA SITUATION DES JOUEURS LORS DE CETTE CONFÉRENCE, QUEL EST L’ÉLÉMENT QUI A PRIMÉ POUR DÉCIDER DE L’ARRÊT DES CHAMPIONNATS?
La santé!! La santé des joueurs. Il faut préciser que le président du SYNAFOC a participé à cette conférence. Le protocole pour pouvoir jouer en l’état actuel a été examiné, la commission médicale de la fédération a donné un verdict en émettant de sérieuses réserves quant à la reprise du championnat. En l’état actuel de la pandémie, il est impossible de garantir la santé des joueurs.

MAIS POURQUOI EST-CE QUE LES FOOTBALLEURS NE DOIVENT PAS EXERCER QUAND TOUTES LES ACTIVITÉS SONT ENTRAIN DE REPRENDRE?
Le footballeur est une personne qui fait un métier complètement différent des autres. Autre chose, les règles sont telles que si vous êtes déclarés positif au Covid-19 dans une structure, toux ceux qui ont été en contact avec vous doivent être mis en quarantaine dans les quatorze jours. Dans ce cas de figure, si on reprend le championnat et qu’après la première journée trois joueurs de l’Union sont déclarés positifs qu’est ce qu’on fait? On les mets en quarantaine? Et le reste des joueurs aussi?
Non, il fallait se mettre dans la posture de l’anticipation pour pouvoir prendre la bonne décision. C’est ce que nous avons fait.

MAIS EST-CE QUE VOUS N’AVEZ PAS PRIS UNE DÉCISION HÂTIVE. PUISQUE MÊME LE POLITIQUE ESTIME QU’IL N’Y A PAS DE SITUATION AU CAMEROUN QUI OBLIGE UN CONFINEMENT TOTAL. NE FALLAIT IL PAS ATTENDRE QUE LE MAUVAIS VENT PASSE SIMPLEMENT?
Le Président de la fédération a pris contact avec le Ministère des sports et avec le Primature tel que cela nous a été rapporté. On avait un devoir de responsabilité. Est-ce qu’en l’état actuel nous sommes capables de garantir la sécurité des joueurs? On devait attendre jusqu’à quand?
Comparons les choses qui sont matériellement et statistiquement comparables. Nous sommes dans un pays où nous avons déjà des problèmes de santé publique. Le football est dérisoire face à tout ça. Même si on joue sans défibrillateur, ce qui est en soi un tord, au moins, en cas de problème sur un terrain, vous étiez assurés. Une assurance que nous n’avions plus avec l’arrivée du coronavirus puisque dès que l’OMS a déclaré cette maladie comme une pandémie mondiale, les assurances au Cameroun ont dit qu’elles se désengageaient de tout. Dans un tel contexte, si un joueur décède, dites moi qui prend la responsabilité? Logiquement c’est soit l’Etat, soit la fédération. Mais avec quels moyens? Martin, arrêter était la solution la plus intelligente.

IL RESTE QUE CETTE DÉCISION SEMBLE ÊTRE PLUS À L’AVANTAGE DES CLUBS QUE DES JOUEURS QUI ONT DÉJÀ FAIT DEUX MOIS SANS JOUER. SURTOUT QU’ON NE SAIT PAS QUAND ILS VONT REPRENDRE?
Est-ce qu’il faut jouer pour jouer ou alors il faut s’arrêter pour repenser?
Les championnats européens que vous prenez souvent en exemple n’ont pas les mêmes enjeux que nous. En occident, ils ont les droits télé, les sponsoring. De plus face à cette crise en France, la Ligue de Football a été obligée capable de faire un emprunt pour protéger les clubs afin qu’ils ne pas tombent pas en faillite. Ce qui n’est pas possible dans notre contexte! Partout ailleurs, les clubs et leur organisation prennent eux même en charge la situation du Covid. Ce n’est pas l’Etat, ni la Fédération, ce sont les clubs. Dans le cas du Cameroun pour que nous puissions jouer, il fallait que l’État du Cameroun accompagne au moins la réalisation des tests. Et vous pensez sérieusement qu’avec les problèmes de santé publique que nous avons en tant que citoyen, le footballeur qui est déjà quelqu’un de privilégié par l’État allait bénéficier encore de l’assistance des pouvoirs publics?
Non le football dans cette situation devient une affaire secondaire.

Source : RSI 

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