EQUIPE NATIONALE : LES CONFIDENCES DE CONCEICAO SUR TOKO EKAMBI, NKOULOU, NJIE ET CONSORTS

Avant d’affronter le Japon, aux Pays-Bas (0-0), le sélectionneur du Cameroun Antonio Conceição a accordé un entretien à Foot Mercato. L’occasion d’évoquer ses débuts à la tête des Lions Indomptables et plusieurs joueurs bien connus de la Ligue 1.

M. Conceição, comment se passent vos premiers mois à la tête de la sélection du Cameroun ?

Cette aventure se passe bien, même si cette année est très particulière avec cette pandémie de Covid-19. Nous avons pris du retard pour identifier au mieux les points forts et améliorer l’équipe. Nous allons continuer notre travail maintenant en octobre. Nous observons les joueurs qui sont au service de la sélection, d’autres qui éventuellement pourraient nous rejoindre. Nous aurions préféré avoir un travail plus régulier, mais cela n’a été possible pour personne ces derniers mois.

C’est votre premier expérience comme sélectionneur national. Comment l’appréhendez-vous, vous qui avez surtout eu l’habitude d’officier en club ?

Oui, c’est ma première expérience de sélectionneur. C’est un travail qui ressemble à ce que j’avais déjà fait auprès des jeunes de la région de Braga, toutes proportions gardées évidemment puisqu’on parle de joueurs professionnels désormais. Il y a quelques similitudes pour ce qui est de l’observation des joueurs et des contacts avec les clubs. En sélection, on ne joue que tous les trois mois. Les contacts avec les joueurs sont très rapides, à peine 8 jours parfois. Le temps est court. Il faut appréhender rapidement dans quel état physique, technique et psychologique se trouvent les joueurs. C’est un travail excitant, intéressant, et être à la tête d’une sélection comme le Cameroun est toujours un projet séduisant. C’est pourquoi nous avons accepté de relever ce défi.

Votre nomination a suscité quelques réactions et incompréhensions au sein de l’opinion publique camerounaise. Comment l’avez-vous vécu ?

Nous avons ressenti cela, mais c’est normal. D’ordinaire, les sélections africaines recrutent des entraîneurs avec des CV beaucoup plus prestigieux que le mien, j’en suis parfaitement conscient. Mais quand les premiers contacts ont eu lieu, on m’a justement dit que les dirigeants voulaient changer les choses et miser sur un entraîneur avec une forte capacité de travail, capable de transmettre son expérience de joueur (Braga et Porto) et d’entraîneur (au CFR Cluj principalement, Moreirense, Braga, Al Faisaly) aux joueurs, mais aussi de donner une nouvelle impulsion au travail avec les sélections de jeunes et faire des choix de manière impartiale, sans aucun type de pression. C’est le chemin qu’on m’a présenté. On m’a invité à un entretien à Paris. D’autres entraîneurs ont été entendus, j’imagine. J’ai finalement été choisi. Pour les Camerounais et d’autres, cela a sûrement été une surprise, je reconnais que mon CV en Afrique n’est pas très connu. Mais je suis là pour répondre avec envie, détermination, engagement, professionnalisme et honnêteté. Voilà mes principes depuis que je suis entraîneur. C’est comme ça que j’ai réussi de bonnes choses au Portugal et en Roumanie. Honnêteté et professionnalisme sont mes maîtres mots. On peut perdre ou gagner en football, c’est le lot de toutes les équipes, tous les entraîneurs, tous les joueurs. Ce qu’il faut, c’est tout faire de manière honnête et professionnelle.

La présence de Jacques Songo’o, entraîneur des gardiens, et François Oman-Biyik, adjoint, à vos côtés est-elle un plus ?

Mes deux adjoints connaissent le football africain et la sélection, en tant que joueurs et adjoints, depuis de nombreuses années. Ils me donnent des retours importants grâce à leur expérience. Ils m’aident aussi à comprendre le raisonnement des joueurs camerounais, même si, avec mon expérience, j’ai pu travailler avec beaucoup d’entre eux en club. C’est un avantage d’avoir ces deux grands noms pour nous aider à mieux comprendre le joueur camerounais. Ils vont beaucoup m’aider, tout comme mon staff, composé de Portugais. Cinq ou six têtes pensent mieux et plus largement qu’une seule. On gagne du temps pour nos analyses.

L’heure du premier bilan

Vous avez pour l’heure dirigé trois matches (quatre depuis) à la tête des Lions Indomptables. Quel bilan sportif dressez-vous de ces premières sorties ?

Nous comptons une victoire et deux nuls (trois nuls dorénavant). Le bilan est positif. Mais nous avons besoin d’encore beaucoup travailler, notamment dans l’état d’esprit du groupe. C’est un facteur déterminant. En sélection, il n’y a pas de temps pour entraîner à proprement parler. On ne passe qu’une semaine avec les joueurs. L’espace de travail est réduit, voire nul. Nous devons profiter de leur travail en club et inculquer un état d’esprit, de cohésion de groupe. Plus tard, lorsque nous serons en phase de compétition, nous travaillerons davantage le système tactique, les routines de jeu. Le Cameroun a deux grands objectifs, la CAN à domicile et la qualification pour le Mondial 2022. Nous devons d’abord travailler sur l’état d’esprit. Le reste viendra plus tard.

La Coupe d’Afrique des Nations, à domicile, en 2022 est évidemment votre objectif majeur. Comment l’appréhendez-vous ?

Nous sommes automatiquement qualifiés en tant que pays organisateur. Nous profitons de cette phase de qualification et de ces matches amicaux pour parvenir à collecter le plus grand nombre d’informations au sujet des joueurs que nous appelons, en termes de personnalités et de compétences sportives. C’est pour ça que nous changeons 6-7 joueurs par liste, pour en voir le plus possible. Le but étant de réunir le meilleur groupe possible pour la compétition avec l’objectif d’atteindre la finale de la CAN, car nous jouerons à domicile. Notre responsabilité est grande. Nous savons ce que représentent la sélection et ses succès pour le peuple camerounais. À partir de ce moment-là, nous devons être bien préparés pour relever ce défi, car l’exigence est grande, la responsabilité tout autant.

Pour votre stage de préparation aux Pays-Bas, vous aviez initialement convoqué une liste élargie de 32 joueurs. Parmi les convoqués figurait notamment Yvan Neyou, une des révélations de l’été du côté de l’AS Saint-Étienne. Pourquoi ce choix ?

Yvan Neyou évoluait avec la réserve de Braga la saison passée. Braga, c’est ma ville. J’avais déjà beaucoup d’informations à son sujet. On le suivait déjà lorsqu’il était au Portugal. Puis il a été transféré en France. Nous avons vu quelques-uns de ses matches avec Saint-Étienne, c’était un joueur qui était dans notre première liste. Mais après avoir discuté avec le joueur, il n’est pas disponible pour représenter la sélection en ce moment. Il dit qu’il n’est pas encore prêt pour venir en sélection. C’est son choix, nous le respectons. Il ne figure donc pas dans la liste finale. C’est un joueur qui sort, pour l’heure, de notre radar, jusqu’à ce qu’il nous dise qu’il est disposé à nous rejoindre.

Ignatius Ganago réussit lui aussi un début de saison remarqué en Ligue 1 avec le RC Lens. Quel regard portez-vous sur lui ?

Nous le suivons depuis la saison passée, lorsqu’il était encore à Nice. Nous l’avons déjà convoqué contre le Rwanda, le Cap-Vert et la Tunisie. Il figure clairement parmi nos choix. Nous avons discuté avec lui dès la saison passée, à Reims, après un match qu’il venait de disputer avec Nice. Nous l’avons mis en confiance. C’est un joueur que nous suivons depuis longtemps. Nous l’avons vu cette saison avec Lens. Nous sentons qu’il est dans une bonne phase, un bon moment, qu’il est motivé. Il est dans notre liste.

Les connaissances de L1 passées au crible

Un mot sur Karl Toko Ekambi, qui a essuyé pas mal de critiques depuis son arrivée à l’Olympique Lyonnais, notamment lors du Final 8 de Ligue des Champions.

Je le vois un peu moins bien qu’il ne l’était à Villarreal. Nous le suivons avec attention. Il était déjà convoqué quand il était en Espagne. Il a été transféré à Lyon. Il réalise des prestations inconstantes, c’est normale, il a changé de club, il se sentait déjà chez lui à Villarreal, où il était la référence offensive. Il a peut-être des difficultés liées à la manière de jouer de l’équipe, à la vie du club, je dois en parler avec lui. Il y a plusieurs facteurs qui peuvent expliquer cela. C’est un joueur qui possède de grandes qualités. C’est un joueur très froid dans le jeu, l’instinct du tueur dans la zone de vérité. Il faut comprendre ses caractéristiques et cela n’est peut-être pas encore le cas du côté de Lyon, même si je n’en suis pas sûr. Ce que je vois, c’est qu’il livre des prestations irrégulières, mais la qualité est là, et quand c’est le cas, ça revient très rapidement.

Éric Maxim Choupo-Moting sort d’un été réussi avec le Paris SG. Est-il l’un des leaders de votre attaque (entretien réalisé avant sa signature au Bayern Munich) ?

Il a très bien terminé la saison, en étant déterminant lors du Final 8 du Paris SG en Ligue des Champions. C’est très bien pour lui, sa motivation. Le Paris SG a tenté de le prolonger pour un an, mais il n’a pas voulu. Nous comptons beaucoup sur lui. C’est un élément important de notre groupe, il a une énorme expérience, il a joué au PSG, en Angleterre, en Allemagne, c’est important pour le vécu du groupe. Il sera toujours un élément clé de nos convocations.

Vous avez visiblement réussi à convaincre Nicolas N’Koulou et Clinton Njie, deux anciens de L1 qui s’étaient éloignés de la sélection, de revenir. Racontez-nous.

Nous savons qu’à notre arrivée, certains joueurs ne voulaient plus venir en sélection. N’Koulou en faisait partie. Nous sommes partis le voir en Italie, pour nous présenter, le rencontrer personnellement et discuter. Il nous a dit qu’il allait réfléchir. Il nous a dit qu’il était disponible pour revenir en sélection. Nous comptons évidemment sur lui. Nous espérons qu’il soit disponible. Pour ce qui est de Njie, il avait des questions à régler avec les dirigeants. Quand je suis arrivé, j’ai dit que la porte était ouverte à tout le monde. Il faut de la discipline et du respect envers toutes les composantes du football camerounais, staff, joueurs, entraîneur et dirigeants. Pour l’instant, il n’y a eu aucun souci. Njie a résolu ses problèmes, il est sélectionnable. Nous le suivons au regard de ses prestations en club (Dinamo Moscou). Nous souhaitons le voir évoluer au sein du groupe, au sein de la sélection pour voir si nous pouvons nous appuyer sur lui.

Avez-vous en vue des jeunes joueurs d’origine camerounaise évoluant en France et ailleurs dans les sélections de jeunes pour préparer l’avenir ?

Nous avons d’autres joueurs évoluant en France dans notre radar. Je ne peux pas dire de noms, mais nous avons déjà contacté des jeunes de 20-21 ans qui jouent avec les sélections de jeunes en France et ont des origines camerounaises pour savoir s’ils sont disponibles pour venir défendre les couleurs de la sélection camerounaise. Certains réfléchissent, certains ont dit non. Nous devons être attentifs aux viviers en France et en Angleterre, qui peuvent représenter l’avenir du football camerounais. Nous allons voir si nous avons de la chance dans cette entreprise.

Source : Foot Mercato

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