EQUIPE NATIONALE : L’APPEL DU PIED DE GAEL ONDOUA À ANTONIO CONCEICAO

Né à Yaoundé au Cameroun, Gaël Ondoua a un parcours le moins atypique. Suivant son père en Russie, il débarque à Moscou à l’âge de 9 ans et comme lui, il se passionne très vite pour le football. Son destin bascule très rapidement dans l’univers du ballon rond. «Il y a eu une détection de jeunes au sein du centre de formation du Lokomotiv et j’avais été pris. Cela n’a pas été un choix qui a été fait en toute conscience, c’était naturel. Il y avait une forme d’insouciance et je n’avais pas de crainte, il y avait juste cette envie en tant que gamin de jouer» nous explique-t-il. Gravissant les échelons et devenant l’un des grands espoirs du centre de formation des Cheminots, il est le meilleur joueur de Russie (génération 1995) et remporte avec le Lokomotiv Moscou en 2012 la Coupe de Russie U17 et le Championnat U17. Un épisode doré dans sa carrière qui lui a permis d’évoluer de l’enfant à l’adolescent pour quitter le club en tant qu’homme. «à 14 ans je m’entrainais déjà avec l’équipe première, je faisais partie des trois joueurs les plus prometteurs de ma génération avec Aleksey et Anton Miranchuk, j’étais leur capitaine, mais la suite a été différente» se remémore Gaël Ondoua.

Car oui, alors qu’il semblait promis à prendre plus d’importance au Lokomotiv Moscou, le destin de Gaël Ondoua va changer. En avril 2014, il quitte le Lokomotiv Moscou pour le voisin, le CSKA Moscou. Un changement de club qui a particulièrement marqué le milieu de terrain : «cette question revient toujours depuis que je joue en professionnel. Il y a des gens bien et moins bien partout dans le monde. Pour ma part, quand on joue au football, on fait confiance à des gens et on travaille afin de progresser. Je pense que mon ignorance a joué contre moi. Comme dit un adage russe, je ne vais pas m’apitoyer sur mon sort, si je suis là aujourd’hui c’est que toute chose qui s’est passée jusque-là devait se passer. On va se focaliser sur le présent et rectifier les erreurs du passé. Il faut s’en servir pour avancer. Ça fait partie de la maturité d’un homme.» Chez les Armeytsy, il est resté un an et demi et a signé son premier contrat professionnel. Il garde de bons souvenirs footballistiques de cette aventure : «le CSKA c’était une grande expérience pour moi. Aleksandr Golovin qui est à Monaco maintenant c’est un très bon ami, quelqu’un avec qui on a pu partager le vestiaire et grandir ensemble. Je n’ai vu que du positif. Je m’entraînais seulement avec le groupe professionnel. Leonid Slutski m’a voulu au CSKA. C’était une grande équipe, il y avait les Berezutsky, Ignashevich, Dzagoev, Natkho, Wernbloom, Seydou Doumbia …»

«Lassana Diarra au Lokomotiv c’est celui qui m’a le plus impressionné»

Côtoyer des joueurs expérimentés, Gaël Ondoua le vit depuis ses 14 ans. Au Lokomotiv Moscou, il côtoyé déjà des internationaux comme Mbarak Boussoufa, Vedran Corluka, Victor Obinna, Felipe Caicedo, Roman Pavlyuchenko et Lassana Diarra. Ce dernier a d’ailleurs été important dans la progression de Gaël Ondoua : «Lassana Diarra au Lokomotiv c’est celui qui m’a le plus impressionné. Il me prenait à part avec Aleksey Miranchuk après l’entraînement et à chaque fois on travaillait avec lui. Il m’a permis de voir un autre monde. Il m’a appris l’amour du travail.» Sa jeunesse en Russie a été très bénéfique et Gaël Ondoua n’en garde que de bons souvenirs. Appréciant la découverte et curieux de nature, il s’est pris de passion pour le mode de vie russe : «oui je me suis bien adapté même si cela n’a pas été simple tous les jours. De quitter mon pays d’origine où il fait extrêmement chaud pour un pays où il fait extrêmement froid, il a fallu apprendre la langue, les coutumes et la culture russe. Au-delà de ça, ça s’est vraiment très bien passé. Je m’adapte, je m’intéressais et je m’intéresse toujours au pays que je visite ou qui m’accueille. En Russie en hiver, il est recommandé de faire le sauna et d’aller dans un trou dans la glace ou il fait extrêmement froid. J’ai visité avec des amis en Sibérie où les conditions étaient extrêmement froides, de l’ordre de -60 degrés. On a fait ça à Sourgout au fin fond de la Sibérie, vous voyez c’est quelque chose d’incroyable et je voulais découvrir ainsi que tout élément de la culture russe. »

Cependant, il se retrouve libre à l’été 2015 alors qu’il n’a que 20 ans. Sans club pendant un an, il vit l’une des périodes les plus compliquées de sa carrière, mais n’abandonne pas pour autant. «Je ne me suis pas laissé abattre, je suis quelqu’un de croyant, je suis quelqu’un qui croit que Dieu récompense ceux qui travaillent. Je suis resté concentré jusqu’à aujourd’hui et je travaille durement. À aucun cas je n’ai baissé les bras et j’ai des gens qui comptent autour de moi, j’ai mes parents, ma femme, ça m’a permis d’avancer. Après le CSKA Moscou j’étais tout seul. À ce moment-là, je n’avais plus d’agent, si j’avais été bien accompagné j’aurais certainement eu un parcours différent. C’est très important pour un jeune joueur d’être accompagné. Le jeune joueur ne connaît pas les rouages du monde du football … Tu ne veux que jouer.» Gaël Ondoua retrouve finalement un club et signe à Vejle en deuxième division danoise. Si le club joue le maintien et va l’obtenir dans la difficulté, il réalise une saison pleine sur le plan individuel (25 matches, 2 buts et 1 passe décisive).

«Ce qui a coincé, c’est le contexte géopolitique …»

De son aventure danoise, il n’en tire que du positif : «je remercie le président qui a cru en moi et m’a donné cette chance. J’ai eu une très belle saison à Vejle et ce malgré la situation du club en championnat. Je me suis donné à fond, ça a toujours été important pour moi. C’était un peu comme le championnat russe. Les Scandinaves jouent un peu plus dur, physique, mais aussi technique. Je n’ai pas trouvé de style vraiment différent avec la Russie. Bien sûr, au Danemark j’ai été agréablement reçu et j’ai été très bien accompagné par l’administration de ce club et je les en remercie. Ça a été une année qui m’a permis de revivre à nouveau. Chacun a mis sa patte pour m’accompagner afin que je fasse une bonne saison. En aucun cas durant ces difficultés je n’ai baissé les bras. Ça a toujours été ma force, mon mental et ma motivation». Ne restant pas en deuxième division danoise, il attend un nouveau projet. Se liant avec Tony Sonde son agent actuel en septembre 2017. En octobre 2017 se voit proposer un contre en Ukraine au Zorya Luhansk. Mais cette fois encore rien ne se passe comme prévu …

«Le fait qu’ils jouaient l’Europa League m’a galvanisé et on a signé le contrat» nous explique Gaël Ondoua qui a vite déchanté : «tout était officialisé sur les réseaux et au niveau de la fédération. Ce qui a coincé, c’est le contexte géopolitique. Depuis 2017, la situation entre la Russie et l’Ukraine m’a empêché d’avoir un permis de travail. On a attendu le permis de travail et avec mon passeport russe, je n’ai pas eu le permis. L’expérience de Zorya était différente, j’étais entouré, je me suis dit que ce n’était pas de ma faute. J’ai continué à me préparer. C’est la vie, mais je restais toujours serein.» Il quitte finalement au bout de six mois le club ukrainien sans avoir pu jouer et signe à l’Anzhi Makhachkala. De retour en Russie, il savoure déjà le fait de retrouver sa famille. En effet, le club s’entraîne à Moscou de part l’insécurité au Daghestan et Gaël Ondoua avait en tête les heures glorieuses du club entre 2011 et 2013 : «tout le monde connaît l’Anzhi du temps de Roberto Carlos, Eto’o, Willian, Lassana Diarra …» Cependant, la situation était bien différente. En proie à de gros problèmes financiers, le club connaîtra la banqueroute après la saison 2018/2019 et évolue désormais en troisième division russe.

«Je ne perds pas, soit je gagne, soit j’apprends»

Une nouvelle déconvenue pour Gaël Ondoua qui a malgré tout accueilli la situation avec optimisme : «je ne connaissais pas la situation du club. Sinon je n’y serais pas allé et je n’avais pas besoin de cela. Quand j’ai eu connaissance de ces problèmes financiers et même si tout travail mérite salaire, je suis resté calme, serein et j’ai continué à travailler. J’avais un objectif en tête après l’expérience de l’Ukraine, je ne voulais pas avoir fait ces sacrifices pour rien donc je me suis concentré sur le championnat et le club. Ce qui ne nous tue pas nous rend plus forts comme on dit, moi j’aime bien la devise de Nelson Mandela, je ne perds pas, soit je gagne, soit j’apprends. Toutes ses épreuves m’ont permis de devenir plus fort et je ne change pas. J’ai faim de vie et de victoires. » Performant tout au long de la saison (27 matches disputés), il se distingue comme l’une des meilleures sentinelles du championnat et crève l’écran avec de grosses performances à l’image d’une victoire historique le 30 septembre 2018 : «c’était un match fou contre le Zenit qu’on avait gagné à 9 contre 11. Ça avait eu une résonance dans toute la Russie. Quand on est tous ensemble, on est plus fort ensemble. J’ai apporté ma patte, Dyupin (le gardien ndlr) a apporté sa patte et il fait depuis une belle saison avec le Rubin Kazan. Il y a lui et moi qui sont un peu plus sortis dans notre équipe et au final ça a porté ses fruits. »

Profitant de cette saison pleine, Gaël Ondoua ne reste pas à l’Anzhi Makhatchkala et retrouve un nouveau projet au Servette FC: «mon agent a été sollicité suite à des intérêts de clubs. Gérard Bonneau (directeur de la cellule de recrutement du Servette FC ndlr) nous a contacté. Ce dernier était vite emballé et moi aussi. On avait d’autres offres, mais le projet que Mr Gérard Bonneau nous a présenté était très ambitieux et je me suis vu directement dans ce projet, j’étais séduit. On a pas eu besoin de réfléchir plus longtemps. La base était d’avoir une visibilité en Europe de l’Ouest.» Et l’acclimatation au club ainsi qu’au championnat suisse a été idéale. Malgré une blessure à la malléole lors de son deuxième match de championnat, Gaël Ondoua s’imposera comme un titulaire indiscutable avec 2 buts et 3 passes décisives en 33 matches. Une saison pleine ponctuée par une quatrième place en championnat. «Je pense que mon adaptation s’est bien faite, je remercie mon équipe de management et le club de Servette qui ont tout fait pour que ça se passe au mieux pour moi. Merci à mes coéquipiers et au public qui m’ont accueilli et m’ont permis de me sentir bien et intégré rapidement. Après je ne suis pas une personne compliquée, je me sens bien sur le terrain et avec l’équipe. N’oublions pas que le Servette c’est une équipe qui sort de Challenge League, pour un promu, on a fait un bon parcours. On est passé d’un objectif de maintien qui était la base à une place européenne. Ce n’est pas rien. Sans l’arrêt lié au Covid, on aurait peut-être pu prétendre au podium. Après ce n’est pas que le Servette, tout le monde a été freiné par la pandémie », savoure le joueur.

Entre Coupe d’Europe et sélection

Désormais Européen avec les Helvètes, il a commencé par une belle victoire 3-0 contre les Slovaques du MFK Ruzomberok où il s’est distingué d’une belle passe décisive. «Je pense que c’est une bonne entrée en matière sur la scène européenne avec une belle victoire à la clef. Le plus important reste l’équipe, mais individuellement parlant, je poursuis ma progression, je m’entraîne» note le natif de Yaoundé. Celui qui porte le numéro 29, mais a aussi parfois porté le 17 en l’honneur de son idole Marc-Vivien Foé affrontera le Stade de Reims. Ne connaissant pas tellement le club champenois, il reste très méfiant : «j’en ai entendu parler via un de mes coéquipiers Grejohn Kyei qui a évolué dans cette équipe. Jusqu’ici je n’ai pas pu voir l’un de leur match (interview réalisée les mercredi 9 septembre ndlr). Mais si une équipe se retrouve à ce stade de l’Europa League et qu’elle a fini 6e du championnat français, je pense que c’est une équipe à prendre très au sérieux. C’est une équipe qui voudra gagner et renouer avec son histoire.» En cas de qualification, Gaël Ondoua poursuivra sa découverte de la Coupe d’Europe et continuera sa progression. Après un début de carrière assez chaotique, il n’a pas lâché et dispose d’une très belle cote.

Malgré les difficultés, il n’a pas vraiment de regret de sa carrière, si ce n’est de ne pas avoir porté le maillot de son club formateur en tant que professionnel : «la seule chose que j’aurais voulu changer dans mon parcours c’était de porter le maillot du Lokomotiv Moscou en matches officiels. pendant deux ou trois saisons afin de leur rendre tout ce qu’ils m’ont donné. Je dirais que ma persévérance me rend fier. Ce que j’ai traversé jusqu’ici pour un jeune de mon âge, certains n’auraient pas supporté. Ça continue à me booster aujourd’hui. Chaque jour est une opportunité d’être meilleur qu’hier.» Âgé de seulement 24 ans, Gaël Ondoua qui dispose de la double nationalité camerounaise et russe, pourrait aussi devenir international par la suite pour l’un des deux pays : «je suis né au Cameroun, je suis Camerounais d’origine. Je suis à disposition, si une équipe reconnait mon travail, j’en serais honoré. Mais sincèrement je suis plus en contact avec le sélectionneur de la Russie (Stanislav Cherchesov ndlr) qu’avec le staff de la sélection camerounaise avec laquelle je n’ai aucun échange. Le sélectionneur actuel de la Russie est aussi mon ancien entraîneur au Lokomotiv. Il me connaît et nous sommes toujours en contact. Jusqu’à présent, il a montré plus que le Cameroun. C’est possible de rejoindre la sélection russe, on ne va pas se mentir. Je reste à disposition et je pense que d’ici peu je prendrais ma décision.» Sur une trajectoire ascendante, Gaël Ondoua ne cesse de franchir les étapes à vitesse grand V et rattrape le temps perdu. Pour continuer de rêver d’Europe, cela débute ce jeudi face au Stade de Reims.

Source : Foot Mercato

Similar Posts:

    None Found

Vues : 1663

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Solve : *
21 ⁄ 7 =


Connections

FACEBOOK