ENTRETIEN : LES VÉRITÉS DE DANIEL NGOM KOME SUR SA CARRIÈRE

Ancien joueur de l’équipe nationale du Cameroun et de plusieurs clubs espagnols, Daniel Ngom Kome se confie sur Press-sport. Pour qui ne le connaît pas, faut-il rappeler qu’il s’agit d’un attaquant hors pair qui a cavalé les pelouses locales sous les couleurs de Stade de Bandjoun et de Coton sport de Garoua avant de s’envoler pour l’Espagne où il a passé toute sa carrière professionnelle entre l’Atletico de Madrid, Levante, Numancia, Getafe, Murcie, Majorque, Valladolid et Tenerife. Lorsqu’il atteint l’âge de se retourner en 2011, il aperçoit à l’horizon la médaille d’or qu’il a décrochée à Sydney avec les Lions espoirs aux jeux olympiques 2000, le trophée de la CAN remportée en 2002 et beaucoup de souvenirs dont il raconte quelques uns dans cet entretien à bâtons rompus.

Actualité oblige. Comment vivez-vous cette période de confinement ? 

Je vis le confinement comme tout le monde. C’est clair que cette situation fait un peu flipper parce qu’on ne s’y attendait vraiment pas. Aujourd’hui, dans l’environnement où on est au Cameroun, ce n’est pas évident. C’est bien beau de dire aux gens confinez-vous mais la grande majorité vit au jour le jour. Ce n’est donc pas évident pour les gens de se confiner totalement. Ce qu’il faut faire aujourd’hui, je crois que c’est sensibiliser les gens pour qu’ils respectent les mesures d’hygiène et de distanciation qui sont prescrites. Je crois que c’est l’unique solution qu’il faut pour sortir de cette pandémie.

Parlons maintenant de votre carrière de footballeur. Beaucoup d’observateurs estiment que vous auriez pu faire une meilleure carrière au vu de votre immense talent. Avez-vous cette impression ?

Ceux qui me connaissent savent que j’étais un bosseur même si on avait l’impression que j’étais toujours en train de rigoler. C’est ma nature. Mais le souci c’est que en 98, j’ai subi ma première opération au ménisque ici au Cameroun et je n’ai pas bien fait la rééducation. Ce qui a fait en sorte que je n’avais pas de continuité. Et dans le football moderne d’aujourd’hui, si vous n’avez pas de continuité, vous ne pouvez pas jouer trois mois consécutifs sans vous arrêter.  Aujourd’hui, le football est devenu un business. Si vous n’avez pas de continuité, les grands clubs ne peuvent pas se permettre d’avoir un joueur qui ne va pas jouer continuellement. Je crois que c’est le souci que j’ai eu dans ma carrière.

Que est votre meilleur souvenir ? 

Les JO pas seulement pour la médaille d’or qu’on avait ramenée. C’était un ensemble, c’était un cocktail, c’était le panache de beaucoup de choses. On avait vraiment une équipe, on s’entraînait à tout moment, on jouait sans complexe. C’était si beau parce qu’on a joué contre les meilleurs. C’est pas qu’on a gagné juste l’Espagne en finale. Mais parce qu’on a gagné le Brésil de Ronaldinho, le Chili de Zamorano, c’est un rêve de jeune qui s’est réalisé.

Cameroon’s players display their medals after winning the gold medal in the soccer final match between Spain and Cameroon, 30 September 2000 at the Sydney Olympic stadium during the Sydney 2000 Olympic Games.
AFP PHOTO GABRIEL BOUYS

Et les regrets ? 

Les regrets, j’en ai pas parce que j’ai été privilégié pour avoir eu une belle carrière comme celle que j’ai eue. C’était un rêve. Je crois que j’ai profité au max de ma carrière. Donc je suis franchement satisfait de ma carrière.

Pouvez-nous nous raconter quelques moments amusants de votre carrière ? 

Les anecdotes, il y en a tellement que je ne sais pas celle que je vais raconter. Mais il y a une qui est quand même belle parce que c’était pendant les JO. Avant la finale, on a une réunion tard dans la nuit. On jouait la finale je crois à midi et pendant le déjeuner (rires)… Ce mec, il est spécial. Je parle du coach Jean Paul Akono qui a apparu avec un bandage sur le visage. Nous, on se dit, qu’est ce qu’il a eu ? N’a-t-il pas bagarré dans la nuit ? On lui pose la question mais le mec comme il était tellement sympa et rigolo, nous dit que dans la nuit il a rêvé. Faut-il d’abord préciser qu’on a joué les matchs de groupe dans d’autres villes. Lorsqu’on est arrivés en finale, on est allés au village olympique et là, on nous donnait des chambres avec des lits comme des lits d’hôpitaux. C’était des lits petits. Apparemment, dans son rêve, il a vu que sa copine était avec un autre mec et il a commencé à bagarrer dans le sommeil. A force de bagarrer, il est tombé du lit. C’est là où il s’est blessé. Quand il racontait ça, c’était tellement rigolo. Je crois que c’est cette belle ambiance qui nous a amené jusqu’à la victoire finale. Il y avait une ambiance de ouf dans cette équipe.

La triche sur l’âge dans le football africain est un fléau systémique. Dites-nous  sincèrement. Aviez-vous joué avec votre âge réel ?  

Même si je n’avais pas joué avec mon âge, je crois que je n’allais faire cette révélation. Mais tu peux rester tranquille parce que j’ai joué avec mon vrai âge.

Quel est l’origine de votre surnom “Sasus” ? 

J’ai hérité ce petit nom de mes amis à Bafoussam où j’ai commencé à jouer au foot.

Qu’est ce que vous devenez aujourd’hui ? 

J’ai raccroché les crampons il y a neuf ans. Logiquement il fallait que je fasse quelque chose. Aujourd’hui, je me suis reconverti en opérateur économique. Je vis à Douala depuis six ans. J’ai plusieurs activités notamment l’importation du matériel sanitaire de l’Espagne. Avec mon passé en Espagne surtout dans la zone de Valence, j’ai pu faire des connaissances avec qui je travaille aujourd’hui sur tout ce qui est aménagement de salle de bain. J’ai aussi des projets dans l’élevage des escargots. Donc on essaie de s’occuper.

Contrairement à quelques uns de vos anciens coéquipiers à l’instar de Geremi Njitap et d’Achille Webo qui sont restés dans le monde du foot après leur retraite, vous avez complètement coupé le pont. Comment comprendre votre décision ? 

Ce qui m’a fait m’éloigner du foot c’est qu’à la fin de ma carrière, j’ai pensé rentrer m’installer au Cameroun. Je me suis dit que si je fais une formation d’entraîneur maintenant, ça ne servira pas à grand chose parce que tu vas rentrer dans un environnement où l’organisation du football n’est pas encore bonne. Aujourd’hui, est-ce que ceux qui entraînent vivent du foot ? A ce moment, j’ai décidé de passer à autre chose. Mais après avoir passé 15 à 20 ans de ma jeunesse dans ce monde, je ne peux pas m’éloigner complètement. S’il faut donner un coup de main, je le fais. S’il y a un jeune qui a une opportunité où je peux l’aider, je peux l’aider. Donc je reste footballeur dans la peau.

Par Pape Cardin 

 

 

 

 

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