ENTRETIEN : GEOFFREY KONDOGBIA SE CONFIE EXCLUSIVEMENT À LA PRESSE AFRICAINE

Mardi dernier, Geoffrey Kondogbia a accordé un entretien exclusif à la plateforme Afrique Football Média créée par le confrère Richard Naha dans le but de communiquer sur des sujets vedettes du football africain. Pour son premier entretien avec la presse africaine, le milieu de Valence est amplement revenu sur sa décision de porter les couleurs centrafricaines aux dépens de la prestigieuse équipe de France.

s’est ouvert en intégralité et en exclusivité à la presse Africaine. Le choix de la sélection centrafricaine, son actualité, ses expériences en équipe de France, ses projets… le milieu de Valence a tout évoqué.

Pourquoi avez-vous choisi la Centrafrique ?

Mon choix de rejoindre les fauves est un choix qui s’est fait en beaucoup d’années c’est-à-dire que mon envie de rejoindre les fauves a commencé bien avant mon choix c’est-à-dire peut-être trois à quatre ans avant ce changement de sélection sportive. Tout simplement parce que je me sentais obligé ou plutôt responsable de pourvoir propager le football centrafricain dans le continent et pourquoi pas un jour peut-être au niveau mondial. Donc ça a été tout simplement un choix de responsabilité, une grande responsabilité et un grand objectif à affronter. Mes proches le savent, les gens qui me connaissent le savent. Ca n’a pas été un choix par défaut. Demandez -leur. Même les gens qui étaient avec moi en équipe de France le savent. Certains joueurs le savent. Donc ce n’est pas une question de se sentir moins français ou pas car la France aussi, je tiens à le préciser c’est mon pays. C’est là où j’ai grandi, où j’ai appris à jouer au football d’ailleurs. J’ai tout appris en France. Ce n’est pas le fait que je me sens moins français, c’est tout simplement une prise de position, une prise de responsabilité de ma part à savoir vouloir élargir la connaissance du football centrafricain au niveau du continent et pourquoi pas un jour au niveau mondial.

Le choix de la sélection Centrafricaine n’est-il pas un manque d’ambition ?

C’est une bonne question. On peut dire du point de vue extérieur que c’est un manque d’ambition. Moi, je dirais le contraire. C’est très ambitieux et je vais expliquer pourquoi je suis dans cette optique. Mon but aujourd’hui c’est pas simplement d’aider mon pays socialement et humainement. Le but c’est de contribuer à amener la fédération centrafricaine de football à un niveau où elle n’a jamais été. C’est ça la réelle ambition aujourd’hui. Aller avec la Centrafrique et participer à la CAN, ne serait-ce que participer à la CAN. C’est beaucoup plus facile de participer à l’Euro avec l’équipe de France. Je joue dans une équipe qui dispute la ligue des champions je le répète. Je jouais à l’Inter j’avais 23 ans. J’avais 10 ans, je pouvais encore aller attendre et me battre pour gagner ma place en équipe de France. Pour moi, c’est encore plus facile de dire que je vais jouer pour le pays de mes parents, un pays qui n’a jamais participé à la CAN. Chercher à participer à la CAN dans les conditions difficiles, sans moyens, pour moi, c’est encore plus difficile. Mes proches le savent, les gens qui me connaissent le savent. Ça n’a pas été un choix par défaut. Demandez -leur. Même les gens qui étaient avec moi en équipe de France le savent. Certains joueurs le savent. C’est un secret pour vous mais ce n’est pas un secret pour les gens qui me connaissent. Ce qui m’a un peu déçu c’est la fédération qui savait à l’époque j’avais cette intention là mais ils n’ont pas proposé un projet pour qu’on puisse atteindre cet objectif. Mais j’ai décidé moi-même faire le pas et d’aller de l’avant. Aujourd’hui, j’aurais pu très bien dire je vais en équipe de France, j’ai mes sélections, je bénéficie de tout l’aspect médiatique positif de l’équipe de France. En plus, c’est une vitrine : être international français. Pour moi, c’est tomber dans la facilité et depuis mon très jeune âge, j’avais l’ambition de contribuer à amener la RCA à disputer une compétition. C’est là où est toute la difficulté et toute l’ambition. C’est une mission très très difficile mais on est confiants et avec le courage on va mettre les choses en place pour y arriver.

Quels conseils donnez-vous à un jeune footballeur qui hésite entre sa sélection d’origine africaine et une équipe européenne ?

Ce que je peux dire à ce joueur c’est qu’il doit tout simplement écouter son esprit et son cœur. Ce que son cœur lui dit à savoir quel est son objectif dans la vie ? Qu’est-ce que lui inspire ce choix ? C’est un choix totalement personnel . On est tous différent sur terre. Donc que ça s’est vraiment quelque chose de personnel et je dirai tout simplement d’écouter son cœur et ce que lui inspire ce choix.

Pour vous, que représente la CAN ? 

La CAN représente beaucoup de choses. Déjà, je me souviens quand j’étais petit, lorsque j’étais au centre de formation à Lens, on regardait beaucoup avec mes anciens coéquipiers la coupe d’Afrique des nations. Donc c’est une compétition qui compte beaucoup pour moi. Je ne dirais pas un rêve mais un objectif pour moi et ma nation. On va essayer de se donner tous les moyens pour essayer de l’atteindre. En tout cas, la CAN c’est quelque chose de très significatif pour moi d’autant plus que je la suis depuis que je joue au  football.

Qu’est-ce qui manque à la Centrafrique pour faire de bons résultats ?

Je pense qu’il faut être objectif, il faut être honnête. Aujourd’hui, il nous manque pas mal de choses. Les résultats nous montrent qu’on a quelques problèmes à l’extérieur depuis pas mal d’années déjà. Donc aujourd’hui, en toute honnêteté, en toute humilité, je suis obligé de dire qu’il nous manque pas mal de choses. Il est vrai qu’on a de très bons joueurs mais aujourd’hui au haut niveau, ça ne suffit pas. Tu peux rencontrer n’importe quelle équipe en Afrique, en Europe, il y a des bons joueurs et il te faut un plus pour pouvoir te qualifier pour une compétition. Je pense qu’on doit faire les choses, mettre en place un bon projet dans la continuité et je suis persuadé qu’on atteindra cet objectif un jour ou l’autre.

Se qualifier pour la CAN, c’est une lourde mission n’est-ce pas ?

Oui, je suis conscient de cette responsabilité, je sais qu’on a gros travail à faire. Déjà sur le plan extra-football et sur le plan de la préparation des matchs, tout ce qui englobe l’aspect professionnel car aujourd’hui, on le sait, le football est très difficile. Il ne suffit pas d’être un bon joueur pour aller sur le terrain et gagner les matchs. Il y a toute une préparation que ce soit physique, psychologique pour pouvoir gagner les matchs comme la majeure partie des sélections africaines. On doit mettre le doigt dessus et se préparer pour pouvoir atteindre nos objectifs. On va tout donner pour y arriver.

Quelle appréciation faites-vous du Maroc, votre prochain adversaire ?

On affronte un match très important contre une très grande nation du Maroc. Je n’ai pas eu l’occasion d’échanger avec Vivien. C’est vrai qu’il connait pas mal le championnat là-bas. Il évolue depuis pas mal d’années là-bas. Ce sera peut-être intéressant de savoir son avis. Maintenant, le Maroc a un effectif de joueurs qui ont l’habitude de jouer dans les grands championnats partout en Europe. Donc c’est pas difficile de se faire une idée de cette équipe. Le Maroc est une grande nation du football africain de ces dernières années. Ils ont démontré qu’ils pouvaient allés assez loin que ce soit en coupe d’Afrique, nous allons essayer de nous préparer de la meilleure des manières. En tout cas, c’est une équipe très très fort techniquement. On connait qu’ils ont toujours un lourd bagage technique, que ce soit au milieu de terrain ou même en attaque. Ca, on le sait. On va aller jouer à l’extérieur, on va essayer de préparer ça tout doucement avec confiance, sérénité et humilité pour essayer d’avoir un bon résultat là-bas.

Vos aînés ont réalisé des exploits autrefois en battant l’Algérie et l’Egypte. Pouvez-vous les imiter ?

Oui, nous pouvons pourquoi pas. Hier, nos grand-frères ont réussi à réaliser ce genre d’exploit, ils ont contribué aussi à la progression, à l’évolution de l’équipe nationale. Moi personnellement, je les remercie. Maintenant, c’est à nous de prendre ce flambeau pour faire évoluer la situation de notre équipe. Faire des exploits c’est bien mais le plus important c’est se qualifier pour de grandes compétitions. Si vous me posez la question de savoir si je préfère faire des exploits ou me qualifier pour la CAN, je vais choisir me qualifier pour la CAN.

Quel est votre rêve le plus grand ? Participer à une coupe du monde avec la RCA ou gagner la ligue des champions ?

Je pense que deux choses différentes. C’est deux émotions différentes. Sur le point de vue émotionnel, la ligue des champions avec Valence et la coupe du monde avec la Centrafrique. C’est vraiment deux choses différentes mais pourquoi pas les deux. En tout cas, pour revenir à la question de notre confrère, je crois que ce serait plus difficile de participer à la coupe du monde avec la RCA que de gagner une ligue des champions avec Valence. Je n’ai pas fait ce choix pour montrer quoi que ce soit aux gens ou pour véhiculer une image de révolution. C’est du football, on fait du football, on ne fait pas de la politique. Si j’ai rejoint la RCA c’est pour des objectifs bien précis et c’est pour que je vais me battre jusqu’à la retraite.

Quelles sont les chances de qualification de la Centrafrique pour la coupe du monde ?

C’est du 50/50. Les matchs n’ont pas commencé. On va se préparer dans ce groupe. Certes, c’est un groupe assez relevé avec de très bonnes nations, je porte tout mon respect pour eux. Mais on est toujours confiants, toujours dans l’intention de gagner nos adversaires. On va se préparer avec humilité pour essayer  de passer cette phase de groupe.

Pourquoi les pays africains n’arrivent pas à gagner la coupe du monde ?

Ce qui manque aux pays africains. La première chose je crois, c’est croire en soi, ne pas se sentir inférieur. Aujourd’hui, on a les stars dans notre continent, on a de très grosses équipes africaines. Donc la première chose c’est que nos équipes africaines quand elles entrent en compétition c’est-à-dire la coupe du monde, qu’elles ne se sentent pas inférieures, qu’elles ne se disent pas que ça serait bien si on passe les quarts de finale, qu’on ait cette ambition de dire qu’on arrive à la coupe du monde, c’est pour la gagner. Qu’on arrive à se mettre ça dans la tête premièrement. Quand on arrive dans une coupe du monde, peu importe, on vient pour la gagner. Aujourd’hui, on a l’exemple de la Croatie qui n’était pas favorite, la Russie pareille mais elles sont allées loin. La deuxième chose c’est cette rigueur, ce professionnalisme à tous les niveaux c’est-à-dire mettre tout en œuvre pour accompagner les joueurs pour qu’ils puissent arriver dans de bonnes conditions et arriver seulement à penser du match et pas à d’autres choses. Donc voilà les deux axes qu’on doit travailler au niveau du continent.

Avez-vous d’autres projets en Centrafrique ?

Je n’ai pas mal de projets mais je suis quelqu’un qui pense qu’on ne peut pas tout faire en même temps. Donc aujourd’hui, durant les années qui me restent dans le football, je vais me concentrer sur mes objectifs et ensuite, quand je serais à la retraite, j’entamerais mes projets au niveau social. C’est bien beau d’avoir des projets sociaux et de faire ça à distance mais tu n’as pas le contrôle et les gens peuvent faire des choses à ton nom. Je n’aime pas ce genre de choses. Donc je veux me concentrer sur mes objectifs au niveau du foot et après, j’aurai le plein pouvoir et l’autonomie de me concentrer sur mes projets au niveau social. Aujourd’hui, je ne peux rien dévoiler, ça reste un secret.

Le football peut-il prendre la mesure de la situation politique en Centrafrique ?

On connait l’impact du football dans la vie. Le football permet d’amener de la cohésion, de l’union, de la joie dans un pays. Je ne peux pas nier ça. Si demain, on fait notre boulot, on essaie d’avoir de très bons résultats, ça va générer une certaine joie pas au niveau politique mais au niveau des populations. La population va être contente. On va être heureux. On peut donner le sourire avec quelques matchs. Maintenant, concernant la politique, je pense que les joueurs n’ont pas d’impact dessus. Ils amènent de la joie et de la cohésion à travers ce qu’ils véhiculent sur le terrain.

Avez-vous des regrets lorsque vous regardez les joueurs issus de votre génération s’épanouir aujourd’hui en équipe de France ? 

Des regrets, pas du tout ! Aujourd’hui, sur le plan club, je dispute ces dernières années la ligue des champions. Comme je le disais précédemment, on dispute souvent le haut du tableau. Donc moi, je suis épanoui, je suis très heureux de ce qui passe aujourd’hui dans ma carrière. Non non, il n’y a pas de regrets. La carrière c’est personnelle. Dans la carrière, chacun a ses choix en fonction des objectifs. Aujourd’hui, je ne peux pas avoir des regrets ou envier quelqu’un d’autre. La carrière c’est comme la vie. Chacun a ses objectifs précis pour pouvoir s’épanouir dans la vie. Aujourd’hui, je me suis rendu compte qu’on a partagé pas mal de choses. C’est vrai que c’est une génération qui est ma génération. Donc on se parle toujours, on a toujours de bons contacts mais peut-être sur certains sujets, on a une différence de vision des choses qui a fait qu’on s’est séparés sinon, il n’y a pas de regrets.

 

Quels souvenirs gardez-vous de la coupe du monde des moins de 20 ans que vous avez disputée avec les Paul Pogba ?

J’ai de très bons souvenirs de cette coupe du monde. On était une bande de copains qui se connaissait depuis l’âge de 13, 14 ans. On s’affrontait dans des équipes de jeunes. Moi, j’étais à Lens, Paul était au Havre, Bahebeck au PSG, Ngando à Rennes. On avait l’habitude de s’affronter en équipe de jeunes. Donc c’était comme des retrouvailles. Ca s’est très bien passé parce que avant tout, on était des amis passionnés par le football. On voulait simplement s’amuser comme un gamin qui veut s’amuser dans la cour de recréation ou après les cours à côté de chez lui.

Votre passage à l’Inter Milan a été un échec ou une réussite ?

Mon passage à l’Inter Milan, je suis très content parce que ça m’a fait progresser en tant que footballeur mais surtout en tant qu’homme. J’ai pu rejoindre l’un des plus grands clubs au monde historiquement. Ca été un grand changement personnel. Donc de cette aventure à l’Inter, j’en suis sorti meilleur en tant que joueur de football mais surtout en tant qu’homme.

Comment vous vous sentez à Valence ?

Comme je l’ai toujours dit je suis très bien à Valence, je suis content d’être à Valence. Depuis que je suis arrivé, on joue  toujours les premiers rôles en liga, depuis que je suis arrivé ici, on participe à la ligue des champions. Donc aujourd’hui, je suis très fier et très heureux d’évoluer à Valence. Je me concentre sur le présent et je suis très content d’être ici pour le moment.

Un mot sur la concurrence avec Francis au milieu de terrain… 

On peut dire que je suis en concurrence avec Francis puisqu’on a une tendance à échanger le poste à plusieurs matchs. C’est bien, c’est une bonne chose. Ca nous permet de grandir en tant que joueur, d’être face à la concurrence. C’est ce qui se passe dans les grands clubs. Aujourd’hui, je suis dans un club qui dispute la ligue des champions, ça demande forcément de la concurrence. On a des joueurs qui sont de qualité et c’est très bien pour l’équipe. Ce qu’il y a encore de très bien c’est qu’on s’entend bien en plus. C’est un très bon ami à moi. En plus, au niveau du groupe, il y a une très bonne cohésion, ça facilite les choses pour l’effectif. Après, je pense que j’ai la capacité d’évoluer à tous les postes du milieu mais bon, c’est au coach de juger quelle est la meilleure composition et le meilleur dispositif pour l’équipe car le plus important, on le sait tous, c’est l’équipe.

Quelle est votre idole ?

Malheureusement, je crois que c’était une erreur de ma part. J’ai toujours regardé le football comme spectateur au lieu de regarder le football pour m’inspirer, pour progresser. J’ai toujours regardé le football comme un gamin, regarder les joueurs offensifs, les joueurs qui font rêver quand tu allumes ta télé. Je n’ai pas eu ce réflexe de m’identifier à certains. Après, arrivé à un certain âge, c’est vrai que j’ai beaucoup aimé Abou Diaby qui évoluait à Arsenal, j’ai beaucoup aimé sa façon de jouer. C’est un joueur qui m’a plus ou moins marqué et qui m’a toujours inspiré.

Coté jardin. Aimez-vous les mets centrafricains ?

Moi depuis tout petit, mon plat préféré c’est le verquet avec du gombo. C’est la sauce gombo avec la viande, c’est mon repas favori. Quand ma mère prépare ça, je peux manger trois, quatre, cinq assiettes. Sinon, je mange tout. Je mange le koko, les feuilles de manioc. J’aime tous les plats.

Merci d’avoir répondu à nos questions et bon vent pour la suite de votre carrière !

Merci ! C’est la première fois que je m’adresse à la presse Africaine. J’aimerais vous remercier pour le temps. C’est un plaisir pour moi tout d’abord.

 

 

Palmarès

En club

AS Monaco

Ligue 1

Vice-champion : 2014

Valence CF

Vainqueur de la Coupe d’Espagne en 2019

 

En sélection

France -20 ans

Coupe du monde des moins de 20 ans

Vainqueur : 2013.

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