ENTRETIEN : BONAVENTURE DJONKEP SE CONFIE SUR SON ACADÉMIE ET DÉZINGUE LES DIRIGEANTS DE L’UNION DE DOUALA

Après avoir tout conquis sur le plan national où il a gagné plusieurs trophées en championnat et en coupe, Bonaventure Djonkep change de cap. Désormais, l’ancien entraineur de l’équipe nationale établit sa réputation dans la formation des jeunes footballeurs camerounais. Son académie « Relief Football Club » sera officiellement ouverte bientôt. A cette occasion, un séminaire sera organisé au génie militaire de Douala, camp de base de l’académie du 10 au 14 décembre 2019. Objectif : apporter un support didactique de qualité aux entraineurs camerounais qui souhaitent renforcer leurs connaissances. Très attaché à l’Union sportive de Douala où il a été joueur et entraineur (champion du Cameroun 2012), il ne s’est pas empêcher de titiller les dirigeants du club aux millions de supporters.

Qu’est-ce qui vous a motivé à vous lancer dans la formation ?

Je pense que j’ai fait mon parcours et aujourd’hui, je me tourne vers la jeunesse parce que j’estime que notre football est en train de régresser. J’ai eu la chance de voir jouer des grands attaquants comme Doga, Roger Milla, Mbep Pierre, Emana Marcous et Charles Lea Eyoum. Ces attaquants étaient de très bons dribbleurs, de très bons passeurs et buteurs. Aujourd’hui, je me dis que comme on n’a plus de joueurs de cette race, moi-même, je peux en fabriquer. Ça me motive de descendre sur le terrain avec des jeunes pour en créer.

 La reconversion se passe bien ?

Avec les jeunes, certes c’est passionnant mais c’est difficile parce qu’il faut qu’ils aillent d’abord à l’école et nous tenons à ce qu’ils y aillent d’abord. Vous avez vu qu’ils viennent au petit trot, aux petits pas. Mais l’objectif est qu’on les amène à allier foot et instruction à l’école comme moi-même je l’ai fait. Vous savez que, j’ai eu mon bac en 1980 et puis, je suis allé à l’INJS. Donc, je suis un des rares qui aient pu allier le football et l’école. Aujourd’hui, je souhaite vraiment faire en sorte que ces enfants profitent de mon expérience.

Comment se fait le recrutement à Relief football Center ?

Pour le moment, on n’a pas de conditions draconiennes. Lorsque l’enfant vient, on regarde s’il a le talent et on le recrute s’il respecte les normes. La norme c’est un certain nombre de frais qu’il faut payer pour avoir les équipements, pour avoir le site et avoir l’assurance pour exercer.

Actuellement, vous êtes seulement dans le football masculin mais est-ce que vous ne pensez aussi football féminin ?

Si ! On pense non seulement à former des femmes aussi mais former même des éducateurs. Je profite pour vous annoncer que du 10 au 14 décembre, nous avons un séminaire ici (Génie militaire, NDLR) pour former des éducateurs, former des footballeurs et tout le monde afin que notre pays retrouve sa gloire d’antan.

Retourneriez-vous sur le banc d’un club si vous êtes sollicité ?

Pour le moment, vraiment, la jeunesse me passionne et je souhaite me consacrer à cela.

Pourquoi avoir choisi le nom « Relief Football Center » ?

C’est la relève ! Relief, c’est la relève (en anglais, NDLR). Vivement que cette relève se fasse dans de bonnes conditions.

Où prenez-vous les moyens pour mener cette activité ?

Dire que j’ai les moyens, c’est trop dire. Je me bats avec des amis. J’ai des amis à l’étranger qui vont venir ici au pays pour le séminaire, à l’instar de Kingue Hermann, Nyamsi Tobbo,Simo Augustine. Ils vont venir pour qu’ensemble on réfléchisse parce qu’eux, ils ont l’expérience de l’étranger. Kingue et Tobbo sont au Canada tandis que Simo est en Suisse. Donc, ils vont nous aider à trouver des partenaires, à trouver des gens avec qui on peut travailler.

En dehors du Génie militaire, avez-vous d’autres sites où vous formez ces jeunes ?

On a déjà le Génie, ce n’est pas évident. Vous voyez les conditions dans lesquelles nous travaillons, vous voyez l’espace, c’est vraiment idéal. Mais plus tard, nous pensons  nous mettre dans notre propre site mais ce n’est pas pour tout de suite.

Parlez nous succinctement de ce projet. Il s’agit de former les jeunes pour les mettre au service d’autres clubs ou alors, il y a d’autres ambitions ?

 Je ne souhaite pas avoir une équipe première, je souhaite former les jeunes pour qu’ils s’épanouissent. Mais on ne sait jamais, demain peut-être, on aura d’autres ambitions. Mais pour le moment, c’est former les jeunes. On veut créer des talents parce que le Cameroun en a besoin.

Quelles sont les conditions à remplir pour participer au séminaire que vous venez d’évoquer ?

Le séminaire est ouvert à tout le monde. Les conditions de participation sont simples. Il faut payer les frais qui sont estimés à 5000 Francs. C’est vraiment pour permettre que les instructeurs aient de l’eau à boire pendant le séminaire, c’est juste dérisoire.

Qu’en est-il du nombre de jeunes et les différentes catégories de votre académie ?

Pour le moment, on a près de 60 jeunes repartis dans toutes les catégories de 9 à 19 ans. Il y a les moins de 19 ans, les moins de 17 ans, les moins de 15 ans, les moins de 13 ans et l’âge d’or qui est de 9 à 11 ans. Tous les enfants de ces catégories-là, on les recrute et on essaie de les former. Vous savez que la bonne formation commence même un peu plus bas, mais malheureusement, pour le moment, on ne peut pas aller plus bas. On commence à 9 ans et de 9 à 19 ans, on prend tout le monde.

En quoi seriez-vous différent des autres académies ?

Notre objectif, c’est la qualité du jeu, c’est la technique de base, c’est des attaquants bien formés qui dribblent, qui marquent des buts, qui font des passes de but. Donc, c’est ce que nous recherchons, ce que nous essayons d’inculquer à ces enfants. Vraiment, on souhaite qu’ils aient tout ce que ceux que j’ai cités tout à l’heure pour relever notre football. Vous savez, je l’ai dit à un certain moment, notre football a perdu son identité parce que je sais qu’au début de la remontée de notre football les années 78-80, on avait de très bons attaquants, dribbleurs, passeurs, buteurs et des défenseurs grands, athlétiquement et tactiquement bien. Aujourd’hui, je ne sais pas où est-ce qu’on se trouve. Quand je regarde notre équipe nationale, je ne sais pas si on a de bons attaquants dribbleurs, je ne sais pas si on a des défenseurs athlétiques. Ça me gêne et je souhaite qu’on revienne à la base pour recommencer et redonner à notre football son identité.

Quels commentaires faites-vous du championnat?

Je vais vous dire sincèrement que depuis le début, je n’ai pas vu de match mais j’ai des échos. Je sais que Coton est en tête suivi d’Avion et que Union de Douala est regrettable. Mais je dis que c’est dommage parce que ceux-là qui doivent tirer le football camerounais par le haut sont en train de le ramener vers le bas et c’est simplement dommage. Je sais aussi que Wome est très engagé avec le Canon et je profite pour lui dire merci parce que si tous les footballeurs se mettent sur le terrain, on va relever notre football. Au lieu de rester seulement à la maison pour attendre les nominations. Mon souhait, c’est qu’ils viennent pour qu’ensemble, on essaie de relever ce football parce que la relève c’est le football jeunes.

Sur un média récemment, vous avez été très dur envers l’administration de l’Union de Douala. Qu’est-ce que vous reprochez aux dirigeants de ce club ?

C’est un club que j’aime beaucoup. A l’administration, je reproche le fait que les joueurs et les entraineurs ne sont pas mis dans les meilleures conditions. Or, c’est ce qu’il faut pour que l’équipe ait des résultats. J’ai discuté avec l’entraineur partant, puisqu’ils ont changé d’entraineur, il m’a dit que depuis qu’il est là, il n’a pas de salaire. Quand un entraineur peut faire deux ans sans avoir un salaire, vous attendez quel résultat ? C’est pour cela que je suis amer avec les dirigeants de l’Union. Il faudrait qu’ils mettent les gens dans des bonnes conditions pour que ceux-là donnent le résultat.

Par Sylvain KWAMBI

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