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CHRISTINE MANIE : “MOI QUI CROYAIS QUE LA FRANCE ÉTAIT LE PAYS DE L’EGALITÉ”

Pour France Bleu, Christine Manie, capitaine du FF Yzeure et internationale camerounaise (36 ans, 63 sélections, 10 buts), explique les conséquences de l’arrêt de la D2 pour la suite de leurs carrières.

Un mot sur votre parcours d’abord : comment êtes-vous arrivée à Yzeure, et depuis combien de temps êtes-vous internationale?

Après plusieurs saisons à Nancy en D2F, j’arrivais en fin de contrat. J’ai pensé qu’il fallait que je retrouve un nouveau challenge pour repartir de l’avant. Yzeure est un club solide de D2F, et le projet sportif présenté par les dirigeants du club me paraissait intéressant et sérieux. En plus ils me proposaient de m’aider pour ma reconversion, car j’arrive bientôt à la fin de ma carrière de joueuse.

Je suis internationale camerounaise depuis de nombreuses années. J’ai la chance d’être capitaine et de compter 63 sélections. J’ai disputé deux Coupes du Monde, les Jeux Olympiques de Londres en 2012 et sept Coupes d’Afrique des Nations ! Porter le maillot de mon pays est une fierté immense.

Craignez-vous que l’arrêt de la D2 féminine ne perturbe votre carrière internationale, voire vous empêche de participer aux Jeux Olympiques de Tokyo, cet été ?

Pour moi, la situation actuelle est catastrophique, et risque de précipiter la fin de ma carrière internationale ! C’est vraiment très dur physiquement et psychologiquement. Nous nous entraînons 6 à 8 fois par semaine mais nous n’avons pas joué depuis 5 mois ! Le football, c’est avant tout un jeu, des matchs, et là, on nous empêche de faire notre travail et notre plaisir en même temps. Nous, les joueuses, nous sommes déprimées et en même temps en colère ! Surtout quand on voit que la D2F du basket et du handball ont repris ou encore, en football, que la deuxième et la troisième division des garçons continuent à jouer ! On se moque de nous ! Moi qui croyais que la France était le pays de l’égalité et de la parité… apparemment pas dans le foot ! C’est vraiment un désastre collectif et individuel – Christine Manie, capitaine du FF Yzeure

Yzeure est deuxième de son groupe, a des ambitions de montée en D1, mais ça fait cinq mois que l’équipe lutte pour jouer et a même dû batailler en fin d’année dernière pour s’entraîner. Physiquement et mentalement ça doit être difficile de se préparer sans horizon de reprise?

Oui évidemment. Quand on est deuxième du championnat, on ne va pas se le cacher, on a toutes l’ambition de monter, même si on n’en fait pas une fixation et qu’on prend les matchs les uns après les autres. On n’a pas de pression, juste l’envie de bien faire. Mais à côté de ça, c’est très difficile. On s’entraîne vraiment dur entre six et huit fois par semaine, mais sans savoir quand on va reprendre et si on va reprendre. C’est vraiment compliqué à vivre, on fait des efforts énormes et de gros sacrifices, mais peut-être qu’on fait tout ça pour rien. On sait que nos dirigeants font tout pour qu’on reprenne mais hélas, ça ne dépend pas d’eux !

Vous sentez-vous abandonnées par les instances?

Christine Manie : Oui, on est complètement abandonnées, et trahies même, par toutes nos instances, quelles qu’elles soient. Personne ne se soucie de nous, personne ne nous défend, mis à part, bien sûr, nos dirigeants et nos coachs. Comment peut-on encore nous empêcher de jouer ? La plupart des pays à travers le monde ont repris les compétitions. Mes coéquipières en sélection jouent toutes, sauf moi, car je suis en D2 en France, et pourtant je joue dans un super championnat… C’est incompréhensible.

Est-ce que, selon vous, on ne considère pas assez la D2F, et par extension le football féminin ?

Christine Manie : Si le championnat de D1 en France est le meilleur championnat du monde, le championnat de D2 est lui aussi un super championnat, très relevé, bien plus difficile que bien des championnats de D1 à travers l’Europe. Toutes les joueuses qui ont évolué dans plusieurs pays comme moi vous le diront. En fait, il semble que seule la FFF ne le sache pas ! Ou en tout cas, elle ne fait rien pour nous aider, elle nous a abandonné. Je pensais qu’avec une femme ministre des Sports, la cause du football féminin allait avancer.

On nous dit : “Il faut faire attention au virus” ; mais c’est bizarre, les hommes, eux, ne risquent rien. Pourtant on a les mêmes protocoles sanitaires ! On nous dit : “Vous n’êtes pas des joueuses de haut niveau”. Je n’aime pas me mettre en avant, mais j’ai un palmarès qui parle pour moi, et ne serait-ce qu’à Yzeure, nous sommes pas moins de de 7 internationales ! On nous dit : “Vous n’êtes pas professionnelles”. Faux ! Dans tous les clubs, il y a des joueuses qui vivent du club, et quoiqu’il en soit, on s’entraîne autant que les pros de Ligue 1 ou Ligue 2 ! Finalement, en 2021, le sexisme n’est pas mort… On veut reprendre, on ne lâchera rien!

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