CHOUPO MOTING : “JE MÉRITE D’ÊTRE ICI”

Dans une longue interview accordée à France Football en fin juillet, Eric Maxim Choupo-Moting a évoqué sa situation au PSG. Au lendemain de sa prestation XXL face à l’Atalanta Bergame en quart de finale de la ligue des champions, cet entretien prend une autre dimension.

«Êtes-vous un homme normal dans un vestiaire de stars ?

Oui. Il y a bien sûr beaucoup de stars ici. Mais je me sens comme un homme normal. C’est clair que ce sont de très grandes stars mais je suis normal avec eux, on s’entend super bien. Je ne me sens pas à part, ou différent des autres dans ce vestiaire. On a des thèmes de discussions en commun. On est un groupe soudé.

Peut-être que nous pouvons vous considérer à part. Par exemple, s’ils le peuvent, vos coéquipiers préfèrent éviter les journalistes. Pas vous…
Il y a différentes attitudes. Je suis ouvert pour tout le monde. Mon but est d’être heureux, content, même si parfois ça ne va pas trop bien. Je me dis toujours qu’on peut tout régler. Je suis ouvert, même pour les journalistes. Je n’ai pas envie de faire des interviews à chaque fois, mais je ne suis pas un joueur qui ne va pas parler. C’est mon naturel, je suis comme ça… Vous faites votre travail, je fais le mien sur le terrain. Mais on doit travailler tous ensemble aussi. C’est normal de vous demander si vous allez bien, vous êtes là, vous faites partie de tout cet univers professionnel.

Au club, vous donnez le sentiment de vous intéresser à la personne à qui vous parlez, peu importe sa fonction, son rôle…
Une personne peut être plus connue, plus star, mais on est tous pareils. Pour une équipe, je crois qu’il est très important que chacun soit comme ça. Bien sûr, il y a des différences, mais je traite tout le monde de la même façon. Si c’est un jeune qui n’a jamais joué ou si c’est un ancien qui a fait 500 matches pour le club, je ne change pas, je reste moi-même.

Vous considérez vos partenaires comme des stars ou comme des coéquipiers ?
Au début, quand je ne les connaissais pas bien, c’étaient des stars. Après deux semaines ici, c’étaient des coéquipiers et même des amis parce qu’on s’entend très bien, qu’on rigole ensemble. Et puis, ils m’ont très bien intégré aussi. C’était facile pour moi. Dans ma tête, le mot “star” n’était plus là. On était tous pareils. De l’extérieur, tout le monde pense: “Oh, là, là, comment c’est, de vivre avec ces grandes stars?” Pour moi, on a des joueurs qui font partie des cinq meilleurs au monde. Mais, quand on est ensemble, on ne pense pas à ça. C’est normal. On parle et on blague ensemble, et ce n’est plus quelque chose d’extraordinaire. On est comme des amis.

Et comment ce vestiaire vous voit-il ?
C’est difficile pour moi de répondre. Très bien, je pense, car je m’entends très bien avec tout le monde. Chaque jour, cela me fait plaisir de travailler et de partager des moments avec eux, et le staff. Je pense que je suis très bien accepté.

Mais est-ce qu’un autre attaquant du club est un coéquipier ou un concurrent ? Par exemple, Edinson Cavani, lorsqu’il était là, vous le voyiez comme un coéquipier ou comme un concurrent ?
Comme un coéquipier parce qu’on est un groupe. Bien sûr, c’est aussi un concurrent mais on joue ensemble. On est des coéquipiers, c’est le plus important. Chaque joueur a son ego et chaque attaquant veut marquer le plus de buts. C’est normal. Mais je me suis toujours dit : “Pour avoir le plus de succès avec cette équipe-là, il faut mettre l’ego en deuxième position.” Par exemple, j’étais content quand Edi marquait. Là, je suis content si Icardi marque. Même si je sais que s’il marque, il sera titulaire le prochain match. Le coach regarde les entraînements et les matches et, situ mérites d’avoir du temps de jeu, tu en auras. C’est ce que je me dis. Je donne 100% et ensuite l’entraîneur décide. Ce n’est pas un joueur qui décide si je joue ou pas. Si Neymar, Mbappé, Icardi jouent super bien et marquent, je suis content pour l’équipe. Et ils le méritent. Ils méritent de jouer, d’avoir ces moments de succès. Et, si c’est mon tour, comme ça l’a été contre Toulouse (4-0, le 25 août 2019), tout le monde est content pour moi. Cavani s’est blessé, je suis entré, j’ai mis deux buts, mais il n’était pas fâché, dans son coin, après le match… Non, il était super content pour moi.

Votre ancien sélectionneur Hugo Broos avait déclaré : “Le niveau du PSG est trop haut pour lui.” Franchement, vous êtes-vous dit à un moment : “C’est trop haut pour moi, ils sont trop forts pour moi” ?
Non, je ne peux pas dire ça. Je mérite d’être ici. Normalement, je n’ai même pas besoin de répondre. Si je le fais, c’est comme si j’avais besoin de me justifier. C’est hors de question. On a un très bon entraîneur, de très bons dirigeants, qui font des analyses avant de recruter. Si un joueur n’a pas le niveau d’un club, il ne joue pas. Ici, j’ai quand même joué (NDLR: 48 apparitions, toutes compétitions confondues depuis la saison 2018-19). Je n’avais pas une relation spéciale avec Hugo Broos. Il n’a pas trop cherché le contact, mais je l’ai toujours respecté car c’était le coach. Avec lui, je n’ai pas fait la CAN (2017, remportée par le Cameroun), comme Onana et Matip, par exemple. On avait nos raisons, je ne vais pas entrer dans les détails. Mais c’est peut-être un peu à cause de cela qu’il a dit cela. Chacun a le droit d’exprimer son opinion et s’il pense ça, ce n’est pas un problème. Je suis quand même ici, et s’il aime le PSG, il me voit. (Il rit.)

Les joueurs offensifs de cette équipe vous paraissent-ils intouchables ?
Ça, c’est clair, c’est dur. C’est difficile de récupérer une place. Mais tout le monde le sait. Je pense qu’on dispose du meilleur secteur offensif du monde, Kylian Mbappé et Neymar font partie des cinq meilleurs joueurs. Mais c’est aussi une motivation. Je ne veux pas “piquer leur place” mais apporter quelque chose. Car une équipe a besoin de tout le monde. Tu peux te blesser, tu peux ne pas être à 100%. Et, peut-être qu’un jour, on a besoin de moi.

Vous vivez bien ce statut ?
Oui. C’est le rôle que j’ai ici. Ce n’est pas du tout un problème. La plupart des matches, je suis remplaçant mais je ne me vois pas seulement comme un remplaçant. Je fais partie de l’équipe. Si je joue seulement vingt minutes, je suis content car je contribue, j’aide l’équipe à avoir trois points. Il y avait la situation avec Icardi et Cavani. On a dit : “Cavani est devenu remplaçant.” Mais, attends, c’est difficile. Le coach peut mettre seulement quatre joueurs devant, ou trois, selon le système. Et s’il met Neymar, Mbappé, Di Maria, est-ce que les autres devraient être fâchés ? Non. C’est important d’accepter ça et de ne pas avoir d’états d’âme.

Vous n’en avez jamais eu au PSG ?
Non, pas vraiment, non. Certains matches, je me suis dit: “J’aimerais bien être titulaire”, mais il en a choisi un autre. C’est normal. Et puis je n’ai plus 18 ans mais 31, cela fait treize ans que je suis dans le football professionnel, j’ai vu beaucoup de choses et je sais bien gérer ces situations.

Est-ce que vous vous êtes déjà dit un matin : “Ça ne sert à rien d’y aller, si tout le monde est là, je ne jouerai pas”?
Franchement, non.

Et quand vous avez été écarté de la liste pour la C1 début février, comment l’avez-vous pris ?
Le coach m’a pris à part, sur le côté, avant un match. Et il m’a expliqué qu’il n’avait pas vraiment le choix. Le problème était le règlement. Il faut huit joueurs formés en France, dont quatre au club. Et, devant, il y avait vraiment beaucoup de joueurs, deux pour chaque poste. C’est difficile. Je le comprends très bien. Il ne peut pas enlever un Cavani, ni les autres, Icardi, Neymar, Mbappé, Di Maria, bien sûr. Il a beaucoup réfléchi, il ne voulait pas faire ça à 100%, c’est ce qu’il m’a dit et je le crois. Mais il le devait à cause de la blessure de Garissone (Innocent, gardien remplaçant formé au club. Un forfait qui a conduit le PSG à inscrire Bulka à la place de Choupo-Moting). Bien sûr, j’étais déçu, j’adore jouer la Ligue des champions. C’était comme si je n’avais plus le choix. Je pouvais m’entraîner comme Messi, mais sans être sur la liste, je ne pouvais plus jouer. C’était dommage. Je l’ai dit au coach, il le savait et m’a compris. C’était un moment difficile mais, après une ou deux semaines, je me suis dit: “Ça va aller avec la Ligue 1 et les Coupes. Et puis, j’espère qu’on va gagner la Ligue des champions.” Après, tout est possible dans la vie, comme on l’a vu avec le coronavirus. Chaque jour, je m’entraînais en Allemagne, avec mon père, et j’ai senti que ce n’était pas encore fini pour moi avec la Champion’s League (il avait finalement prolongé de deux mois avec le PSG et s’était ainsi vu inscrire sur la liste des joueurs pour la C1). Il faut toujours penser positif.

Comme le suggère l’un de vos tatouages : “Tourne ton visage vers le soleil et les ombres tomberont derrière toi”…
Généralement, j’ai cet état d’esprit au quotidien. Ça ne veut pas dire que je suis toujours positif mais j’essaie de l’être. Il y a des hauts et des bas mais je n’ai pas de raison d’être triste, d’être “down”. J’essaie de le transmettre aux gens. Le monde en a besoin. Il est très négatif. Même parfois en France, par rapport au football. Il faut être plus positif.

Faire en sorte que le groupe vive bien, cela fait partie de votre rôle ?
Ce n’est pas à moi de juger ça. Mais c’est clair que j’apporte quelque chose. Une personne qui est positive essaie d’avoir un groupe qui vit bien. Et moi, ça, je le fais à 100%.

Il vous est arrivé de désamorcer des tensions dans le vestiaire ?
Non.

Vous prenez la parole ?
Pas trop. C’est plus Thiago, en tant que capitaine, parfois “Marqui” (Marquinhos). Je n’ai pas besoin de ça. Quand tu es titulaire, c’est peut-être autre chose, tu dois parler. J’apporte quelque chose mais sans prendre la parole. Moi, je chante, je fais des blagues.

«Thiago et les autres le savent : quand ils sont avec moi, ça donne !»
Comment vous vous comportez ?
Je peux parler avec beaucoup de monde parce que j’adore les cultures. Et on en a beaucoup, des différentes, des Brésiliens, des Africains. Avec Kimpembe, on peut partager des choses car il adore l’Afrique, son père est congolais, il aime le Cameroun. Par exemple, on rigole devant des vidéos, comment quelqu’un a dansé le coupé-décalé, ou autre chose. Il y a Idrissa Gana Gueye, sénégalais, Lion de la Teranga. J’adore parler du Brésil avec Thiago. Avec Cavani, Di Maria, on se fait des blagues, on se chambre. Par exemple, Leo Paredes et Icardi se sont fait tatouer des lions. Alors je leur dis : “Eh, mais en Argentine, il n’y a même pas de lions. Est-ce qu’il y en a ? Non ! Alors pourquoi tu t’es tatoué un lion ? Nous, on est les Lions indomptables au Cameroun ! Et je n’ai même pas le lion.” (Il rit.) Il y a toujours des choses à partager.

Début juin, à Hambourg, vous avez participé à une manifestation au nom du mouvement Black Lives Matter. Avez-vous échangé à ce sujet avec des coéquipiers ?
Un peu, mais pas trop. Depuis qu’on a repris on est vraiment concentrés sur le football. Bien sûr, on a parlé de la façon dont chacun a vécu le confinement, mais pas trop sur le Black Lives Matter. En Allemagne, j’étais vraiment dans le sujet. Il est très délicat, mais très important. On ne doit pas l’oublier et il faut prendre la parole. Ç’a touché le monde, et ça me tient à cœur. Bien sûr, ç’a touché la communauté noire. Ce qui s’est passé aux États-Unis, c’est grave. Maintenant, j’espère qu’il y a vraiment un mouvement et que beaucoup de personnes se réveillent car cela existe depuis des années. Ils ont beaucoup essayé de le cacher, mais c’est la vérité.

“Ça donne”, c’est votre expression. Comment avez-vous fait pour que tout le vestiaire l’emploie désormais ?
Naturellement. C’est une expression marrante. Cela a commencé avec mon ami Kurt Zouma, quand nous étions à Stoke City. Un jour, il m’a demandé une chose que j’ai kiffée et je lui ai dit : “Ah ouais, Kurt, ça donne trop.” Et il a rigolé. Pour moi, c’était normal. Je ne sais pas qui m’a “donné” ce mot dans ma tête mais quand c’est super bien, ou positif, je dis toujours “ça donne”. Même Kimpembe, qui est avec Kurt en sélection, savait déjà ça quand je suis arrivé. Il m’a dit: “Eh Choupo, toi et ‘la Zoumance’, ça donne hein!” Ici, je le dis aussi. Et ç’a touché tout le monde. Thiago et les autres le savent : quand ils sont avec moi, ça donne !

La star du vestiaire, c’est vous en fait ?
Non, ça je ne peux pas le dire. Je ne crois pas qu’il y ait une star du vestiaire. Je suis très bien intégré, je m’entends super bien avec les autres. Si c’est le public qui dit chouchou ou quoi que ce soit, je respecte et je le prends comme un compliment. Surtout les ultras, je les respecte vraiment car ils sont vrais. Ils n’attendent pas seulement qu’on marque cinq buts par match, ils se disent qu’il faut tout donner pour ce club. Si tu as ça, ils sont avec toi. Eux aussi donnent tout pour le club. Quand tout un stade chante ton nom, c’est spécial. Je n’oublierai jamais ça, c’est un très bon sentiment.

Vous avez mis tout le monde dans votre poche, finalement ?
C’est mon naturel. Même quand je marche dans Paris, c’est toujours positif. Quand ce sont des ados, c’est normal qu’ils m’arrêtent et veuillent faire des photos. Ils connaissent tous le foot. Mais souvent, ce sont aussi des gens en costume, dont tu peux penser qu’ils n’ont rien à voir avec le foot, qui me disent : “Ah, Choupo, ça donne !” Même ma femme, qui ne parle pas très bien français, trouve ça marrant. Ça montre que tout le monde aime Paris, tous les Parisiens sont derrière le PSG, tout Paname est derrière Paname.»

Source : France Football

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