Mort Subite : Le combat du docteur Armand Nghemkap

La mort subite va grandissant dans le domaine du sport. C’est le constat qui motive le combat que mène depuis 2003, le docteur Armand Nghemkap, à la suite du décès de l’international camerounais Marc Vivien Foé en pleine coupe des confédérations. De ce fait, il organise des séminaires de sensibilisation et des séances de formation pour sensibiliser. À la faveur du partenariat qui le lie désormais à l’association Kamer Mouna Santé, le docteur Armand Nghemkap a séjourné pendant cinq jours à Douala au Cameroun. Ce séjour lui a permis de sensibiliser les masses, à travers un séminaire qu’il a animé le samedi 3 novembre 2019 au centre d’accueil de Bépanda. Dans une interview à bâtons rompus qu’il nous a accordée, Dr Armand Nghemkap fait le point sur les éléments fondamentaux pour prévenir les risques de mort subite liée à la pratique sportive.

Peut-on détecter un malade au premier regard ?

Au premier signe, non ! Mais vous savez qu’une personne qui se dit bien portante sans un examen médical bien conduit est un malade qui s’ignore. Donc au premier signe, je ne vois pas un malade, mais il me faut un examen médical pour me prononcer sur l’état de santé.

Qu’est-ce qui motivé votre combat contre la mort subite sportive ?

Ce combat est motivé par les statistiques macabres de la mort subite du sportif. Vous savez que dans un pays comme la France où je viens on enregistre tous les ans entre 800 et 1600 morts subites sportives. Ce sont des statistiques qu’on ne peut pas continuer d’ignorer. Dans cette ville de Douala où je me trouve actuellement, il y a eu au mois d’octobre deux morts subites sportives au stade de Bonaberi. Et ça ce ne sont que des morts subites médiatisées, il y a eu beaucoup qui sont partis comme ça dans l’ignorance. Mon combat est motivé par le fait que la mort subite sportive n’est pas une fatalité, ce n’est pas de la sorcellerie, c’est tout simplement de l’ignorance.

L’ignorance est-elle la seule cause de la mort subite sportive ?

 C’est la seule cause de la mort subite sportive. L’ignorance des signes d’alerte de la mort subite sportive, l’ignorance de la reconnaissance de l’arrêt cardiaque du sportif, l’ignorance des gestes qui sauvent le sportif lorsqu’il est victime d’un malaise suivi d’un arrêt cardiaque. C’est cette ignorance qui tue le sportif, c’est pourquoi je dis toujours la mort subite du sportif tue par ignorance.

Quels sont les signes d’alerte d’une mort subite sportive ?

Les alertes sont très simples. Un sportif qui fait son sport et qui a une douleur thoracique a une alerte. Lorsqu’il a une sensation d’essoufflement anormal, lorsqu’il a du mal à récupérer, ce sont des alertes. S’il a une sensation de palpitations, c’est une alerte, s’il fait un malaise dont il ne peut préciser l’origine, c’est une alerte. Lorsque l’une de ces alertes survient, le sportif doit immédiatement et absolument consulter un médecin pour faire le dépistage de la cause de cette alerte là. Le sportif doit savoir écouter son corps, il doit savoir écouter son cœur. Malheureusement les sportifs ignorent toutes ces alertes.

Que faut-il faire lorsqu’un malaise survient à la suite de ces négligences et ignorances que vous évoquez ?

Si on a été négligeant c’est-à-dire qu’on a pas passé la visite médicale préalable d’aptitude ou de validation à la pratique du sport, et qu’on n’a pas écouter les alertes, le drame qui va se produire c’est le malaise suivi d’un arrêt cardiaque du sportif. Et lorsque cet arrêt cardiaque du sportif survient, il faut que son entourage puisse connaître les gestes qui sauvent. Et je pense que tous ceux qui ont participé à cette première journée de lutte contre la mort subite du sportif on pu être édifiés sur les gestes qui sauvent, qui sont très simples et au nombre de trois à savoir : j’appelle, je passe, je défibrile. Ceux qui n’avaient pas encore eu la connaissance du massage cardiaque, savent maintenant qu’est-ce qu’il faut faire, ils savent maintenant comment utiliser un défibrillateur, ils savent à quoi ressemble un défibrillateur parce que souvent, lorsque l’arrêt cardiaque du sportif survient, ce que j’observe depuis 2003 que je mène ce combat, c’est de la panique. Désormais plus de panique, et on passe aux gestes qui sauvent.

Que faut-il donc faire pour évacuer la peur d’agir promptement face à une situation de malaise ?

Il faut tout simplement suivre une formation. Moi, j’ai fait tout simplement de la sensibilisation, j’ai fait tout simplement de l’initiation à ces gestes qui sauvent pour vraiment sortir de ce cercle de panique et paralysant et qui évitent de sauver des vies. Il faut s’inscrire dans des formations, et je développe actuellement avec l’association Kamer Mouna Santé qui nous a accueilli et qui a préparé le terrain pour que je puisse intervenir et sensibiliser les nombreux participants, des formations développées aux gestes qui sauvent. Ces formations concernent les établissements scolaires, les centres de pratiques sportives. De nos jours, il se développent de plus en plus dans nos villes des centres de remise en forme, des centres de sport où le grand public peut venir entretenir sa forme. Il faut que ceux qui sont dans ces centres là sachent comment prendre en charge une personne qui mène son activité physique et qui fait un malaise qui peut se prolonger à un arrêt cardiaque. Il doit savoir le masser, le défibriler. Et pour cela, il faut une formation, qui n’est pas très longue  pour apprendre ces gestes là.

 L’alimentation a-t-elle un rôle important dans la prévention des risques de mort subite ?

Effectivement les habitudes alimentaires interviennent dans les risques que j’essaie  de prévenir. Ça rentre dans ce qu’on appelle l’hygiène de vie. Cette hygiène de vie qui est faite d’une mauvaise alimentation, et chez le sportif qui est particulièrement liée à un manque d’hydratation. C’est le 6e commandement dans les 10 commandements du sportif. Cette hydratation qui manque très souvent au sportif lorsqu’il va pratiquer son sport. Il ne s’hydrate pas suffisamment avant, pendant et après le sport. Il faut suffisamment s’hydrater avant pendant et après, et il ne faut pas attendre la sensation de soif pour s’hydrater. Il faut le faire avant même que cette sensation ne soit présente et assez. Rien que par ce biais là, on permet déjà de mettre son corps dans de bonnes conditions et de repousser les limites de la mort subite sportive.

Quels sont les préalables pour se lancer dans la pratique sportive ?

Pour se lancer dans la pratique sportive, le premier préalable c’est le premier commandement à savoir la visite médicale préalable à la pratique sportive, elle doit s’accompagner de la réalisation d’un électrocardiogramme qui s’est entouré déjà dans un premier temps d’un interrogatoire qui permet d’écarter les antécédents familiaux de mort subite parce que lorsqu’on a des antécédents familiaux de mort subite pas seulement sportive, on est à risque et par l’interrogatoire, on permet déjà l’absence et la présence de ces antécédents familiaux. Et puis, il y a l’examen clinique qui passe par une occultation, on entend parfois des souffles qui peuvent montrer qu’il y a une maladie cardiaque. Et si cet examen clinique n’est pas productif, il y a l’ECG qui permet de révéler 90% des maladies cardiaques sous-jacente, qui sont congénitales parce que c’est lié à des prédispositions génétiques qui sont silencieuses, sournoises, et qui sont parfois ignorées ou pas, parce que le sportif sait que dans sa famille il y a cette maladie là mais feint d’ignorer cela, et ça s’avère souvent fatal à l’avenir.

Pourquoi au sport de haut niveau on observe la mort subite alors que ces sportifs bénéficient de meilleurs soins médicaux ?

Les sportifs tombent et meurent au haut niveau simplement parce que les examens doivent être multipliés. Il y a des maladies cardiaques congénitales comme la cardio myopathie hypertrophique, qui se manifeste par un cœur qui est trop gros et qui va s’aggraver avec le temps. Donc il faut que ces sportifs là soient sur surveillance rapprochée. Mais vous savez qu’on prend les cas des sportifs professionnels, ce n’est que 5% des morts subites sportives. 95% des morts subites sportives concernent le sportif lambda, celui qui veut entretenir sa forme tout simplement. Il y a également le sport en chambre qui est pourvoyeur de mort subite. Donc on focalise sur les professionnels, mais mon message cible en priorité le sportif amateur, le sportif lambda qui ne bénéficie pas de cette surveillance médicale de haut niveau. Mais l’assurance médicale de haut niveau. Vous savez très bien que la majorité des sportifs qui sont décédés au haut niveau, ont leur avait découvert des anomalies cardiaques, ils ont préféré changer de club et ces clubs n’ont pas été plus sérieux sur les examens médicaux dédiés à ces sportifs là.

Un problème gastrique peut-il entraîner une mort subite ?

Vous évoquez là le 8e commandement. Il est prescrit ici qu’il ne faut pas faire le sport lorsqu’on a de la fièvre ou lorsqu’on a des problèmes de santé. Il est évident que si vous avez une gastro-entérite (diahrée) et que vous allez faire du sport, cela va déshydrater,  et si vous ne vous hydratez pas suffisamment pendant l’activité physique, vous allez vous déshydrater d’avantage, ce qui multiplie les risques de mort subite sportive.

Enfin, que doit-on retenir de cette première journée ?

On doit retenir que l’ignorance tue, que prévenir vaut mieux que guérir. Moi je rajoute que le meilleur traitement est la prévention. Cela passe par la visite médicale préalable à la pratique sportive, ce qui permet de dépister les facteurs de risques de mort subite qui sont les maladies cardiaques. Ensuite prévention de la mort subite passe également par la connaissance des signes d’alerte. Cela doit passer également par la connaissance de l’arrêt cardiaque du sportif, et puis enfin la connaissance des gestes qui sauvent. Cela m’amène également de parler de la prévention institutionnelle que je décline en 5 axes. Cette prévention là permet de sauver sur le plan institutionnel en mettant en place une politique qui permet le plus de vie. Et pour ce faire, il faut rendre la visite médicale obligatoire dans la pratique sportive, inciter les sportifs à avoir la formation requise sur les signes d’alerte, sur la reconnaissance de l’arrêt cardiaque, sur les gestes qui sauvent, et surtout avoir une formation sur l’utilisation des défibrillateurs.

Par Sylvain KWAMBI

 

Similar Posts:

    None Found

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

publicité
Connections

FACEBOOK