Bassong : le patient anglais

Sept ans après avoir quitté la France, Sébastien Bassong, membre de la génération  »À la Clairefontaine », s’éclate en Angleterre où il va retrouver la Premier League la saison prochaine avec Norwich.

Monter avec une équipe du Championship (D2 anglaise) en Premier League n’est pas chose simple. Alors quand vous arrivez à le faire avec deux équipes différentes sur une seule saison, cela devient un véritable exploit. C’est ce qui est arrivé à Sébastien Bassong, 29 ans en juillet, qui a démarré la saison avec Watford avant de la terminer avec Norwich. Deux clubs qui accompagneront Bournemouth dans l’élite anglaise la saison prochaine. «Je vais avoir deux médailles, se félicite le Camerounais sur la route de Bali, où il va passer quelques jours de vacances. C’est un petit plus, ça flatte son ego, c’est bien parce que c’est quelque chose qui n’avait jamais été fait je pense. C’est à marquer d’une pierre blanche même si ça reste anecdotique !»
Mis à la porte de Norwich, puis rappelé six mois plus tard
Tout commence à l’été 2014, quand, sous contrat avec Norwich, club qu’il a rejoint en 2012, Sebastien Bassong ne rentre pas dans les plans du coach en place, Neil Adams. «J’étais à l’écart, je n’ai pas fait le début de saison avec eux.» Voyant son avenir bouché chez les Canaries, il est alors prêté à Watford. «Je ne voulais pas aller dans une équipe sans ambition. Là-bas, ça s’est très bien passé, en plus c’était chez moi, à Londres. On est resté dans le Top 3 jusqu’en janvier avant que Norwich ne me rappelle. Je voulais rester à Watford car je ne savais pas comment ça allait se passer à Norwich mais je n’ai pas trop eu le choix.»

Mais son aventure va basculer lors du changement d’entraîneur à Norwich, quand Alex Neil arrive sur le banc le jour même où Bassong revient dans l’est de l’Angleterre. «Il m’a dit qu’il voulait travailler avec moi, il pensait qu’on avait les capacités pour monter.» Et il avait vu juste, Norwich retrouvera la Premier League la saison prochaine un an après l’avoir quittée. «Mais Watford ne m’a pas oublié. Ils m’ont appelé et m’ont dit que ma médaille m’attendait.»
Acheté neuf millions d’euros par Tottenham en 2009
Que de chemin parcouru pour le Camerounais (11 sélections), 42 matches de L1 et 37 de L2 avec le FC Metz entre 2005 et 2008, qui avait rejoint l’Angleterre dès ses 22 ans quand Newcastle l’a attiré pour 1,8 million d’euros à l’époque. Un prix qui sera multiplié par cinq dès l’été suivant, en 2009, quand Tottenham claque neuf millions d’euros pour l’enrôler, séduit par ses qualités physiques de défenseur. Mais depuis, sa carrière est sur courant alternatif : des saisons pleines avec Newcastle, Tottenham ou Norwich comme beaucoup moins (Wolverhampton), avec des blessures parfois handicapantes comme son genou qui l’a fait souffrir il y a deux ans. «Moi qui compte vraiment sur mes qualités physiques, c’était compliqué. Je suis revenu en retard et ma pré-saison a été compliquée. Mais ça m’a fait apprendre sur moi-même.» Conscient d’avoir réalisé de bonnes prestations, Bassong est sûr de lui et espère maintenant donner un second souffle à sa carrière. «Le meilleur reste à venir. J’ai toujours voulu éviter de jouer en Championship, mais il fallait manger son pain noir comme le dit mon père, ça fait partie de la vie d’un joueur, il n’y a pas que des strass et des paillettes. Excepté des génies comme Messi et Cristiano (Ronaldo), les grands joueurs ont tous eu un coup de moins bien dans leur carrière. Tous les joueurs doivent un jour être dans le dur pour avoir cet esprit de révolte.»
« À la Clairefontaine », une famille
En fin de contrat dans un an avec Norwich, il va retrouver la Premier League, Championnat qu’il connaît très bien avec 145 matches au compteur. «Ce n’est pas un nouveau départ mais une continuité. Le retour dans cette Ligue, c’est une petite récompense. Je suis conscient de mes possibilités, je suis armé pour revenir au très haut niveau, pour partir là où je pense mériter d’aller.» Pas sûr donc de le voir un jour revenir en France. Comme il le dit lui-même : «Je suis peut-être considéré plus comme un Anglais qu’un Français ou qu’un Camerounais, même si lorsqu’on est montés avec Norwich, j’étais fier d’arborer mon drapeau du Cameroun. Ca fait presque huit ans que je suis en Angleterre, ça me correspond.»

De la France, il en garde des bons souvenirs et il reste surtout à la page en suivant attentivement la Ligue 1. «J’ai des amis qui y jouent comme Hatem (Ben Arfa) ou d’autres à Metz, au PSG, un peu partout.» Ben Arfa, une connaissance de longue date. Les deux font partie de la fameuse génération des joueurs formés à l’INF Clairefontaine et qui apparaissent dans le documentaire ‘‘À la Clairefontaine’’, tout comme Ricardo Faty ou Abou Diaby. «On est une famille. Je pars en vacances avec Ricardo, j’ai passé quelques jours récemment avec Hatem, je vais souvent chez Abou à Londres. On se dit toujours que sans Clairefontaine, on ne serait pas les joueurs que nous sommes aujourd’hui», avoue Bassong aujourd’hui. De là à dire que la France lui manque vraiment ? «La nourriture, oui.»

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